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Par Christelle Sochal-Tissot
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L'homme, sa famille et ses origines
L'école Navale

Un professeur atypique

Ses engagements humanistes

Le Breton Socialiste L'Université Populaire Brestoise

Sa carrière
scientifique

Ses principales expériences et découvertes scientifiques
Tissot et ses collaborations dans le domaine de la TSF

Ducretet - Branly Ferrié - Turpain
La fin d'un grand Homme

La lutte contre la maladie
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Présentation générale de Camille Tissot
Page 4
: ses engagements humanistes
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Décrit par ses contemporains comme spontané et convivial, Camille Tissot est aussi un homme ayant de fortes convictions humanistes et conservera sa vie durant les mêmes idées, pourtant en décalage avec son milieu et son époque.

L'UNIVERSITE POPULAIRE BRESTOISE ET LE BRETON SOCIALISTE

Dès 1892, alors qu’il est professeur au Borda, Tissot initie, avec un groupe d’amis officiers et professeurs, la création d’une Université Populaire à Brest. Son ami le « philosophe du Goelo» Baptiste Jacob témoigne de leur engagement :

[Intégralité de la "lettre à Mongin" par Baptiste Jacob]
Archives Famille Tissot

« ... Nous habitons maintenant, Tissot, Rolland et moi, dans le quartier Saint-Martin, nous étant décidés à lâcher cette place du château, qui décidemment nous exploitait sans mesure, et nous avons pensé, ou du moins Tissot a pensé que nous pouvions faire quelque bonne œuvre démocratique dans ce milieu ouvrier où nous sommes venus nous installer.
L’an dernier nous avons fait quelques conférence à la bourse qui, somme toute, n’ont pas trop mal réussi ; pourquoi ne pas renoncer à ces exhibitions oratoires sans portée sérieuse, sinon pour l’amour propre, et ne pas établir à Saint-Martin des cours publics qui, s’adressant à un auditoire d’ouvriers, pourraient se dépouiller de tous les apprêts et de toutes les hypocrisies qu’impose le public demi-lettré de la Bourse, et qui peut-être exerceraient une action sérieuse sur de braves gens pleins de bonne volonté et non sans intelligence …
»


«… Nous avons donc médité de fonder à Saint-Martin un enseignement public qui comprendrait 3 ou 4 cours :


[Intégralité des cours de Jacob - Mansucrits de Camille Tissot]
Archives Famille Tissot


Tissot ferait quelque chose comme une histoire populaire des idées scientifiques, moi je ferais l’histoire des idées morales et sociales, depuis l’antiquité grecque jusqu’à nos jours, Jean Perrin raconterait l’histoire des constitutions Françaises depuis 89 et Rolland nous ferait connaître la littérature du 19ème siècle…
Les cours seraient hebdomadaires et gratuits, car nous ne voulons pas, en demandant de l’argent à la municipalité, nous mettre sous sa dépendance : la gratuité, c’est la liberté ! »


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Le sémaphore du chateau à avec en fond l'installation TSF faite par Tissot
Archives Famille Tissot

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Parallèlement, le groupe porte des idées féministes, prenant exemple sur les affirmations d’Ernest Renan qui, selon Jacob, a toujours remarqué « ... que les femmes comprenaient mieux que les hommes une certaine philosophie et que, si il avait à choisir un auditoire pour exposer ce qu’il regarde comme le résultat le plus élevé de la science et de la réflexion, il l’aimerait mieux composé de femmes »
On comprend alors qu’ils envisagent d’ouvrir les portes de leurs cours au public féminin, ce qui n'est pas banal dans la mentalité de l'époque !

Camille Tissot sera d’ailleurs toute sa vie durant entouré de femmes brillantes et instruites, qui lui donnèrent ce caractère féministe bien avant l’heure. Il élèvera d’ailleurs sa fille sur le même modèle social.


Livres D’Ernest Renan monographiés au nom de C. Tissot.
Archives Famille Tissot

Le livre « la vie de Jésus », qui marqua les milieux intellectuels, contient la thèse, alors controversée, selon laquelle la biographie de Jésus doit être comprise comme celle de n’importe quel autre homme, et la Bible comme devant être soumise à un examen critique comme n’importe quel autre document historique.
Ceci déclencha des débats passionnés et la colère de l’Eglise Catholique. Archives Famille Tissot

Le projet d’Université Populaire ne se concrétisera que plus tard.
En attendant, seules une quinzaine de conférences sont données dans le quartier de Saint-Martin, grâce au père Berger qui se montre très enthousiaste face au projet et met volontiers à leur disposition une salle d’école ...

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Le quartier Saint-Martin de Brest. A droite, on appercoit une antenne de TSF mise en place par Tissot
depuis le chocher de l'église
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Archives Famille Tissot
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L'EPOPEE DU "BRETON SOCIALISTE"


C’est en 1894, forts de leurs idées et du mouvement naissant dont ils sont à l’initiative, que le groupement constitué d’amis, d’ingénieurs, de professeurs au Borda (dont Tissot) et d’officiers de marine se renforce autour de Jacob. Celui ci se lance alors dans la création d’un journal, « Le Breton Socialiste ».
Si l’on en croit l’insistance avec laquelle il s’inquiète de savoir si ses amis ont bien lu le premier numéro du journal (Cf lettre et télégramme à Turpain), on comprend que Tissot y a écrit un article.

[Intégralité 1er Exemplaire du journal le Breton Socialiste]
Archives Famille Tissot

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Nous avons retrouvé dans le premier numéro du Breton Socialiste l’article en question signé sous le pseudonyme de LUC, dans lequel il fait un parallèle intéressant entre les idées socialistes et les idées scientifiques, on reconnaît bien par ailleurs le style et la modestie de Camille Tissot.
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Nous l’avons retranscrit, en exclusivité pour vous, dans son intégralité :

« Monsieur le rédacteur en chef, vous me demandez ma collaboration pour le journal socialiste que vous avez l’intention de faire paraître et vous voulez bien m’inviter à vous signaler le genre de questions auxquelles je pourrais m’intéresser le plus volontiers.
Je n’ai malheureusement ni le talent, ni le tempérament d’un journaliste, et ma collaboration quelque peu incertaine, ne pourra jamais vous être d’un bien grand secours. Mais je vous remercie néanmoins de votre offre, et je m’associe sans réserve à votre désir d’amener le public Breton à l’étude sérieuse des questions sociales.
Dans la limite de la sphère où je me meus, j’entrevois en effet le rôle considérable qu’un journal comme le vôtre, indépendant d’allure et tout composé de franchise, peut avoir à jouer parmi nous.

Ce rôle serait précisément de faire connaître à la foule, qui les ignore, les bases fondamentales des nouvelles doctrines économiques. Si l’on arrive en effet au socialisme comme conclusion de toutes les études entreprises dans les branches diverses de la science moderne, si les psychologues et les moralistes sont d’accord pour reconnaître le mal dont souffre la société, et pour nous faire entrevoir les modèles qui la guériront, c’est néanmoins sur le terrain économique que doit se livrer selon toute vraisemblance le combat le plus acharné entre les partisans du régime actuel et les propagateurs des idées nouvelles.
Ce sont les questions de misère et de bien être qui sont le principal souci de tous ceux qui travaillent.
C’est le désir de défendre leurs privilèges et leur luxe, qui rend les classes possédantes si obstinément sourdes aux revendications populaires.
Or, on connaît bien peu ou mal ce qui est au fond de la doctrine socialiste. Ce n’est pas certes faute d’écrits sur la matière. Mais les plus sérieux d’entres eux sont trop difficiles à lire pour être mis utilement dans les mains du plus grand nombre. Quant aux autres, ils sont trop souvent superficiels, et il faut l’avouer tant soit peu contradictoires. Ils ne mettent en lumière que certains cotés des questions et, sans que le lecteur n’y prenne garde, ils l’entrainent souvent à des conclusions erronées, dangereuse pour l’idée elle-même.
C’est fatal, du reste, il en a été ainsi pour la science à ses débuts.

A l’origine, une science n’est et ne peut être qu’un amas un peu confus de documents expérimentaux, rassemblés pêle-mêle par des chercheurs divers. Chacun d’eux a poursuivi ses investigations dans une certaine direction, et c’est ce qu’il a vu lui-même, ce qu’il a trouvé lui-même qui prend à ses yeux la plus grande importance. Ce n’est que plus tard, quand le champs des découvertes a été fouillé et refouillé que d’autres peuvent rendre un compte à peu près exact de la valeur relative des matériaux qu’ils ont accumulés.
Alors, des théories se construisent, provisoires d’abord, pour réunir par un premier lien les groupes principaux. Chacune d’elle est imparfaite encore ; car bien souvent elle laissera en dehors un certains nombres de faits dont elle ne peut donner l’explication ; bien souvent aussi elle conduira à quelque conséquence reconnue manifestement fausse. Mais parce que toutes ces théories présentent quelques défauts, est ce pour cela qu’on viendra nier la science ?
Non, car peu à peu, de l’ensemble de ces théories, qui contiennent chacune une part de vérité, se dégagera l’idée supérieure qui les domine toutes, et grâce à toutes, cette idée surabondamment démontrée, acquerra la toute puissance que donne l’évidence elle-même. C’est elle qui par la suite éclairera tout l’édifice, illuminera les différentes parties de l’œuvre et fera évanouir les illusions des ténèbres.

Le socialisme assurément n’en est pas encore à cette période extrême de développement, qu’atteignent rarement d’ailleurs les sciences les moins contestées. Mais déjà apparaissent assez nettement dans les œuvres des socialistes contemporains, un certain nombre de principes fondamentaux sur lesquels l’accord est fait ou bien près de se faire. Il serait du plus haut intérêt désormais de les bien mettre en relief et de les débarrasser de tout ce qui n’est qu’accessoire afin d’en faire une arme plus maniable et plus terrible aux mains de notre parti.

C’est à une tâche de ce genre que votre breton socialiste pourrait, à mon avis, utilement se vouer, en formulant d’abord aussi nettement que possible les vrais principes socialistes, en déduisant ensuite leurs seules conséquences parfaitement logiques, et en appelant enfin à les discuter tous les hommes qui pensent.

Recevez etc…LUC. »


Dans les différents numéros de ce journal, on trouve des joutes verbales homériques et passionnantes entre l'amiral Réveillere, grande figure politique Brestoise conservatrice et réactionnaire et les "journalistes" du Breton Socialiste ...

Malheureusement leurs efforts sont si pauvres en résultats que le journal s’arrête après 4 mois seulement.

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L'UNIVERSITE POPULAIRE BRESTOISE

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Le 15 Février 1901 c’est l’officialisation de « La Solidarité : Université Populaire Brestoise », dont Tissot est un des membre fondateur. Nous retrouvons d’ailleurs sa carte dans ses archives personnelles :

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Carte de membre fondateur de l'université populaire brestoise ayant appartenuà Camille Tissot
Archives Famille Tissot


Selon la lettre des membres du conseil d’administration envoyée à la mairie pour la déclaration de fondation de l’association, leurs objectifs sont les suivants :

« L’œuvre que nous représentons n’a aucun caractère politique, si elle ne s’interdit aucun problème, elle n’exclut aucune solution.
Elle fait appel à tous les hommes de quelque parti qu’ils représentent, qui ont à cœur de collaborer à l’éducation de la démocratie.
Elle combattra avant tout ces deux fléaux : l’ignorance et l’alcoolisme. (Les statuts précisent : … Lutter contre l’alcoolisme en créant en face du cabaret un lieu de réunion où les travailleurs puissent venir, leur tâche terminée, s’instruire, se reposer et se distraire…).
Elle s’efforcera d’élever le niveau intellectuel et moral de ses membres, de rapprocher dans des recherches et des distractions communes des hommes et des familles que la vie ordinaire éloigne trop souvent, en un mot d’assurer dans le cercle de la famille la continuité de l’enseignement laïque… »

Dans son livre « Tableau politique de la France de l’ouest sous la 3ème République », André Siegfried évoque le poids de ce mouvement dans l’histoire locale : « L’arsenal de Brest a toujours été turbulent. Dès l’époque du 16 mai, les réactionnaires réclament que son personnel soit privé du droit de vote. Par tendance en effet, l’arsenal préfère les candidats avancés, et cependant, à certaines heures de détente, il se range volontiers derrière les organisations bourgeoises. Pendant longtemps c’est un milieu qui ne prend pas conscience de la grande force électorale qu’il porte en lui-même.

Pourquoi donc en 1899, un mouvement véritablement nouveau se dessine t’il dans cette masse ouvrière jusque là plus ou moins amorphe ?

D’abord je vois tout au début l’influence indirecte mais reconnaissable de l’affaire Dreyfus et des courants d’opinions qu’elle suscite.
Des « intellectuels » professeurs au Borda ou au lycée de Brest, apportent les préoccupations et les aspirations des milieux avancés de Paris.

Sous l’influence du professeur de philosophie Jacob, une Université Populaire se fonde en 1899. Selon l’esprit de tous ces mouvements au début, elle attire dans ses murs, en même temps que l’élite des universitaires, l’élite des ouvriers de l’arsenal.
Bientôt elle devient le centre des syndicats Brestois, et comme à ce moment même, l’ancien parti modéré se détourne de plus en plus du monde ouvrier pour devenir en fait un parti de résistance sociale, les travailleurs se trouvent naturellement rejetés vers le socialisme, qu’ils apprennent seulement à connaître et qui leur apparait comme le parti de l’avenir, surtout comme le parti de leur classe.
Un vif courant les attire vers ces intellectuels qui leurs disent : « Entre les travailleurs manuels et les travailleurs de la pensée, il y a des sympathies. Nous ne sommes pas des bourgeois comme on nous en accuse. Les membres de l’université ont été les adversaires les plus résolus de l’inégalité, de l’injustice sociale, de la paresse, du mensonge » … »

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Carte postale avec vue sur arsenal de Brest
Archives Famille Tissot

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Comme le souligne Siegfried, et bien que l’université populaire brestoise ne se revendique d’aucun parti politique, on sent bien l’inspiration socialiste du mouvement par ses idées.
Or, en mars 1903, suite à une attaque publique d’un général visant à interdire et discréditer l’association auprès des militaires, l’association se voit obliger d’afficher clairement ne pas vouloir faire l’objet de quelconque récupération politique afin de ne pas compromettre certains de ses membres fondateurs eux-mêmes militaires et parfois conférenciers au sein de l’entité, comme c’était le cas pour Tissot.
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Université Populaire Bestoise - Extraits des Statuts
Archives Famille Tissot

[Intégralité du compte rendu moral de L'Université Populaire Brestoise Année 1902]

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L’UP s’explique donc à propos de cette attaque dans son Compte rendu moral de « la Solidarité - L’Université Populaire Brestoise » de l’année 1902, ainsi qu’auprès de la presse locale :

« ...L’UP pas plus en 1901 qu’en 1902, n’a fait œuvre de parti, elle continue de les admettre tous et de n’en représenter aucun.
Elle ne demande compte de leur opinion ni à ses membres, ni à ses conférenciers.
Un ordre du jour récent du général Larnac consignant « à tous les militaires de la garnison de Brest, jusqu’à nouvel ordre, l’établissement situé rue Kleber, n°1 bis au 1er étage et nommée « Université Populaire Brestoise »», a pu faire croire à quelques uns que notre société s’était livrée à une propagande antimilitariste.
J’ai formellement démenti cette interprétation dans les termes suivants que je maintiens : « Le local situé au 1 bis rue Kléber, 1er étage, est occupé par l’UP la solidarité et diverses autres sociétés. Je n’ai le droit de parler qu’au nom de L’UP la solidarité. J’affirme qu’elle n’a pas distribué de brochures antimilitaristes, j’affirme qu’elle ne fait pas de propagande antimilitariste.
L’UP n’est pas plus antimilitariste qu’elle n’est militariste. Elle met à la disposition de ses membres et des militaires ou marins présentés par une association protocolaire laïque, sa bibliothèque où elle accueille toutes les publications, ses conférences où elle accueille toutes les idées, elle est simplement une société d’enseignement coopérative d’enseignement libre et de libre discussion. (Extrait de la dépêche de Brest du 23 février 1903» L’UP offre à ses membres sans aucune pression sectaire, un lieu de réunion sain, qui peut leur permettre d’échapper au cabaret au moyen des livres, des jeux, des conférences fréquentes et variées »
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Les archives de Brest gardent trace de l’existence de l’association jusqu’en 1905, date de la dernière subvention accordée par la mairie à l’université populaire brestoise…

 

 

TISSOT ET SON GROUPE D'AMIS HUMANISTES


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1) Carte postale "nos marins" de Gervèse - Archives Famille Tissot
2) Charles Millot Alias Gervèse - Portrait tiré du livre "Iphigénie" Journal de bord Charles Millot
3) Lithographie peinte spécialement par Millot pour son professeur du Borda Camille Tissot - Archives Famille Tissot
4) Marcel Cachin - Archives du sénat
5) Gabriel Koenigs -
Archives CNRS
6) Albert Turpain dans son laboratoire -
Archives Albert Turpain - J. Marzac
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A l’époque de la création de L’Université Populaire Brestoise, Camille Tissot compte parmi ses amis engagés sur le plan social, quelques personnalités qui resteront dans l’histoire : Baptiste Jacob (professeur de philosophie et de morale), Marcel Cachin (parlementaire et futur fondateur du Parti Communiste Français en 1920, il fut aussi l’élève de Jacob au Lycée de Saint-Brieuc), Charles Millot (alias Gervèse, Officier de marine, peintre et illustrateur Français, peintre de la marine et éleve de Tissot à l'école Navale), Gabriel Koenigs (mathématicien Français) et Albert Turpain (Professeur de physique à la faculté de Poitiers, connu notamment pour ses travaux sur la Télégraphie Sans Fil et ses engagements sociaux tels que la création de coopératives, ou la lutte antialcoolique).

Malgré que l’on ait retrouvé aucune lettre de Tissot à Jacob et inversement, on sait que les liens entre les deux hommes ne se distendront pas. Baptiste Jacob parle de Tissot dans ses lettres à Mongin de 1892 jusqu’en 1908.

Il décède en 1909, mais les liens continuent entre la famille Tissot et la famille Jacob, c’est en effet la mère de Baptiste, Marie Jacob qui préviendra la sœur de Camille Tissot de l’état de santé alarmant de ce dernier en 1917 :
« Je suis triste de ne pas avoir pu donner à mon frère plus d’affection […] Grace à dieu, par Mme Jacob, je l’avais su malade et j’ai eu la dernière consolation d’avoir pu lui écrire et d’avoir une réponse mais c’est peu de chose…» (Lettre du 11 octobre 1917 de Esther Adèle Daoulas Tissot à Jeanne Tissot).
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[lettre de G Koenigs à Jeanne Tissot après l'annonce du décès du Commandant Tissot]


Après sa mort on retrouvera entre autre le témoignage de Koenigs qui écrira à Jeanne Tissot : « C’est avec un très grand chagrin que j’apprends la perte de notre cher commandant, juste bien cruelle pour ses amis, pour la science et pour la France…mon affliction madame est profonde, car je suis de ceux qui étaient le mieux placés pour apprécier le mérite et les qualités du commandant Tissot et mesurer la profondeur du vide occasionné par sa perte… »

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TISSOT ET SES PRISES DE POSITION SOCIALES

L'AFFAIRE DREYFUS
En 1898, Tissot explique avec stupéfaction à Jacob, les réactions à la table du Borda à propos de l’affaire Dreyfus. Il raconte avec quel mépris on traite ces « intellectuels » qui osent douter de la justice et de l’infaillibilité des militaires !
« ... Certains du Borda affirment que si nous avions un gouvernement respectueux de lui-même et du pays, il y a longtemps qu’il aurait collé au mur les Grimaux (Lors du procès contre Zola suite à la publication de « J’accuse » prenant parti pour Dreyfus, Grimaux apporta un témoignage courageux en faveur de l'accusé. Il fut immédiatement démis de ses fonctions de professeur de chimie à l'École Polytechnique et à l'Institut Agronomique.) et consorts et qu’on aurait flanqué à chacun, les 12 balles qu’ils méritent ! ».

Baptiste Jacob commente :
« … Depuis quelques années je connais à Brest beaucoup de militaires, j’ai vu de près des colonels et d’autres officiers inférieurs en grade, j’ai été effrayé de leur simplicité d’esprit, de leur inaptitude complète à la psychologie, de la force avec laquelle certaines impressions non raisonnées s’établissent à demeure dans leur pensée. L’amiral Reveillère, est certainement un des esprits les plus ouverts et les plus libres que je connaisse dans ce monde la, et cependant, il y a certaines idées pour nous très élémentaires que je n’ai jamais pu lui faire accepter…les socialistes, sont tous pour lui des charlatans qui s’efforcent à tromper le peuple…Il aurait à juger l’un d’eux, qu’il serait d’une sévérité impitoyable. Et c’est absolument de la même façon que les membres antisémites de l’état major, de la guerre ont jugé l’affaire Dreyfus : ils étaient convaincus d’avance que ce « sale juif » était seul capable de commettre un pareil crime. »

Par rapport à la remarque de Tissot, Jacob explique les réactions de la majorité populaire et d’une grande partie des militaires vis-à-vis des sympathisant Dreyfusards dont lui et Tissot faisaient partie :
« ... Les Seailles, les Havet, les Duclaux, les Meyers ont sympathisés avec le juif ; ce sont donc des traitres, des vendus. Le fils d’un colonel que je connais disait dernièrement dans un café de Brest qu’ils avaient surement reçu des sommes énormes du syndicat. Voilà l’estime où l’on nous tient ! Voilà l’autorité des meilleurs d’entres nous ! En réalité, nous n’avons aucune racine profonde dans notre peuple de France. …nous pourrions disparaître sans qu’il n’éprouvât la moindre tristesse, le moindre sentiment d’une lacune irrémédiable dans notre vie nationale. Qu’un dictateur clérical et chauvin s’empare du pouvoir une de ces années prochaines, il pourra nous poursuivre, nous traquer, nous frapper comme il voudra ; il ne soulèvera pas la moindre protestation dans la conscience commune ! ».

Quel esprit visionnaire ...

SUR LES ADMINISTRATEURS ET DIRIGEANTS DE LA FRANCE PENDANT LA GUERRE
Dans plusieurs courriers à sa femme, Tissot fait des observations et commentaires très décalés sur la guerre et ses effets sur les conditions de vie du peuple, ces considérations sociales étant toujours très justes et étayées.
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[lettre de Camille Tissot à sa femme Jeanne - 23 avril 1917]

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En voici quelques extraits :
« J’avais bien vu qu’on avait fait un règlement sur l’essence, mais je pensais que cela concernait seulement les autos, et n’avais pas remarqué qu’il s’agissait aussi des cartes de pétrole. Ce règlement qui octroie à une famille qui brûle d’ordinaire (en étant économe) 1 litre de pétrole tous les 15 jours, est tout bonnement ridicule.
Décidément il faut convenir que les seuls gens avisés, sont ceux qui quand ils le peuvent exagèrent, comme Koenigs en accaparant les denrées. Car, de 2 choses l’une : ou bien nos administrateurs sont déments, ou bien nous sommes réduits à la disette.
La première hypothèse est peut être malheureusement trop exacte grâce à l’imprévoyance de nos dits administrateurs, et gouvernants.
Mais la seconde est certaine. Et pour établir que c’est l’expression de la vérité et non une critique acerbe de prétendre que nos gouvernants et administrateurs sont déments et incapables, il suffit de noter ceci : c’est qu’ils n’élaborent pas un seul règlement sans l’abroger puis en élaborer le lendemain un tout différent.
C’est ce qui s’est passé pour le pain, puis pour la fermeture de la pâtisserie, puis pour toutes les taxations (lait, beurre, pomme de terre), puis pour les jours sans viande, pour les plats des restaurants … Etc … Et le charbon !

En aura-t-on pris des mesures, toutes plus nuisibles, les unes que les autres...

Je me souviens de l’animosité qu’avait Charles contre les ministres et parlementaires qui se gargarisaient de beaux discours et faisaient preuve d’une incompétence totale dans l’administration de leur département ministériel. Ceci se rapporte à notre dernière entrevue en janvier, il était déjà fort animé contre Poincaré. Painlevé n’y est peut être personnellement pour rien, mais il est certain que s’il se produit dans la zone des armées, pour les questions où peuvent s’immiscer les parlementaires, des flottements semblables à ceux des règlements incohérents de l’arrière, l’animosité de Charles est amplement justifiée. Car notre imprévoyance rend stérile nos trophées de centaine de canons et de 19000 prisonniers ! »

(Lettre à Jeanne Tissot du 23 avril 1917)
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Sources :
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« Lettres d’un philosophe » - Baptiste Jacob - lettres à Mongin
« Souvenirs » – C Bouglé - préface de lettres d’un philosophe de baptiste Jacob
« Une ville sous le régime collectiviste, histoire de la municipalité brestoise » - Louis Coudurier - Page 33 (1904-1908)
« Tableau politique de la France de l’ouest sous la 3ème république » - André Siegfried – Page 200
Archives de la mairie de Brest- « la solidarité » Université Populaire Brestoise d’inspiration Socialiste.
Archives Albert Turpain - Lettres de Tissot à Turpain- Avec l'aimable autorisation de Jacques Marzac
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© Jean Luc Fournier - www.radiomaritime.com et www.camille-tissot.fr
2006 / 2009
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