..
Par Christelle Sochal-Tissot
..
L'homme, sa famille et ses origines
L'école Navale

Un professeur atypique

Ses engagements humanistes

Le Breton Socialiste L'Université Populaire Brestoise

Sa carrière
scientifique

Ses principales expériences et découvertes scientifiques
Tissot et ses collaborations dans le domaine de la TSF

Ducretet - Branly Ferrié - Turpain
La fin d'un grand Homme

La lutte contre la maladie
.
Nota : les paragraphes marqués [lien vers une page] sont des liens cliquables qui ouvrent une fenêtre contenant un document qui illustre le propos. Il est donc necessaire, pour une bonne compréhension, de cliquer toutes les balises repérées.
.
Présentation générale de Camille Tissot
Page 5
: La carrière scientifique.
4


Photo de Camille Tissot en train de réaliser des réglages d'appareils dans les laboratoires Ducretet - Année 1900
Archives Ducretet - Avec l'aimable autorisation de la famille Ducretet


......
Emile Gautier écrit dans le Journal "Le matin" du 29 juin 1900 :
« L’entrée en scène de la télégraphie sans fil fut sans contredit l’un des plus grands évènements scientifiques de ces 10 dernières années. On peut même dire qu’elle aura été avec la découverte des rayons X et la liquéfaction de l’air, le fait le plus sensationnel de cette époque pourtant si fertile en miracles qui séparent 1889 de 1900…». A propos du radioconducteur : « ce principe assez simple autour duquel gravitent tous les appareils … c’est toute la télégraphie sans fil. Rien de moins, rien de plus. Les diverses additions ou corrections qu’on a pu y apporter et qui caractérisent la part contributive de chacun des différents inventeurs ne sont que des détails secondaires. Détails qui ont pourtant, hâtons nous de l’ajouter, une haute importance, puisque c’est grâce à eux que le rêve a pu prendre corps et que ce qui ne semblait ne devoir être tout d’abord qu’une paradoxale curiosité de laboratoire a fini par s’industrialiser. C’est à des détails par exemple, tels que le dispositif des circuits, le perfectionnement des bobines de Ruhmkorff et des interrupteurs, le mode de construction des radioconducteurs Branly, les appareils spéciaux de réglage avec ou sans électrodes soudées dans le verre … etc, que monsieur Ducretet et ses collaborateurs, l’ingénieur russe Popoff et le lieutenant de vaisseau Tissot, auront pu se faire un nom et une place à part dans l’histoire de cette découverte magique, qui n’est probablement pas près d’avoir dit encore son dernier mot … »

 

UN SCIENTIFIQUE DESINTERESSE, IMAGINATIF, ET PASSIONNE :


Si l’homme était atypique, le scientifique ne l'était pas moins. Une de ses principales particularités tenait à sa méthode de travail, car il avait l'habitude de partir d'abord sur le terrain faire ses observations et ses mesures, pour ensuite les confronter à la théorie en laboratoire, ce qui pour un scientifique était on ne peut moins original …
Camille Tissot laisse ainsi, dans les antennes récéptrices en particulier, quelques coefficients pondérateurs.

QUELQUES TEMOIGNAGES DE SON IMPLICATION EXEMPLAIRE :


Comme en témoignent ses amis, Camille Tissot n’a eu de cesse de montrer tout au long de sa vie sa passion et son implication pour l’avancée de la science, souvent au détriment des ses intérêts personnels et de sa santé.

• En octobre 1917 alors que le Commandant Tissot vient juste de décéder, Le ministre de la marine envoie un télégramme à sa veuve :
« La marine conservera fidèlement le souvenir du grand savant, aussi modeste que désintéressé, qu’était le commandant Tissot.»


Archives famille Tissot


• Un de ses amis, Thaunay, membre de l’école supérieure d’électricité, écrit à sa veuve dans une lettre datée du 5 octobre 1917 : « Je vous savais inquiète de la santé de monsieur Tissot, mais vous paressiez rassurée aux dernières nouvelles. Que s’est il donc passé? Le commandant a-t-il fait une imprudence en se dépensant sans compter comme à son habitude ? »

« ... Son activité soutenue jusqu’au bout de ses forces ... », écrira Marcel Brillouin, éditeur et ami, dans une lettre à jeanne datée du 6 octobre 1917.


Marcel Brillouin - Physicien et mathématicien français
Photo Wikipedia

• Au sujet de Camille Tissot, L. Decombe, scientifique et ami, note dans une lettre à jeanne le 24 octobre 1917: « Son infatigable activité, son inlassable ardeur à la poursuite du mieux, se sont manifestés jusqu’au dernier moment, alors que vaincu par la maladie, il aurait pu se désintéresser de l’œuvre nationale.
Il a voulu demeurer jusqu’au bout ce qu’il a été toute sa vie, un marin vaillant, donnant généreusement l’exemple du devoir »
.
[Voir dossier les hommages à Camille Tissot après son décès]

Le Capitaine de vaisseau Thomine écrit à son sujet le 22 octobre 1917 : « ... Mon ami Tissot fut à la fois un savant estimé et un grand honnête homme ... ».

• Camille Tissot a en effet eu à cœur toute sa vie de tenir cette ligne de conduite d'honneteté, de défendre ses convictions et sa vision de la justice.
A aussi, il n'a pas hésité pas à prendre parti pour ce qu’il estime être honnête en faveur d’Abraham dans l’affaire qui oppose ce dernier à certains de ses meilleurs amis. Nous développerons cette histoire dans la partie sur les collaborations de Tissot, page 6 (a venir), chapitre sur Albert Turpain.

[Tissot et ses collaborations dans le domaine de la TSF - Tissot Turpain] (a venir)

CAMILLE TISSOT RECONNU PAR LES PLUS GRANDS DANS LE MONDE DE LA TSF

Malgré quelques fâcheries et inimitiés que l'on sait coutumières à l’environnement scientifique de l’époque, il est estimé des plus grands de son milieu, comme en font état les nombreux témoignages à sa mort en 1917. [Page In Mémoriam]

• B Baillaud , directeur de l’observatoire écrit de lui : « je n’oublierais jamais le visage si intelligent, résolu et sympathique du capitaine de frégate Tissot. »

• Le scientifique André Blondel, président du Comité Français de TSF scientifique de l’époque écrit dans son hommage lors du décès de Tissot : « Ces publications et travaux qui faisaient honneur à notre pays, ont une valeur durable et assurent notre reconnaissant souvenir, au commandant Tissot, dont le nom doit être conservé dans la littérature technique. Son mérite était reconnu non seulement par les spécialistes de la TSF française qu’ils l’avaient appelé en 1913 à faire parti du comité de TSF scientifique, dont il était un des membres les plus compétents et écouté, mais encore dans le monde international de la TSF. »


• E Branly : « La mort du commandant Tissot me fait beaucoup de peine […] Ce si brillant et sympathique officier, auquel la science et la marine doivent les plus beaux travaux sur la télégraphie sans fils… ».


Archives Famille Tissot

Le général Ferrié : « …  Dès les débuts de la TSF, il a appliqué le premier ce nouveau moyen de communication aux besoins de notre marine, et il s’est ensuite attaché sans cesse à améliorer cette technique nouvelle […] J’ai pu apprécier pleinement moi-même la grande valeur de ses travaux, car nous avons souvent ajouté nos efforts et j’ai toujours admiré son bel esprit scientifique … » .
[Lettres de Férrié à Jeanne Tissot après le décès de Camille Tissot]

• E Giboin : « ... C'est à Camille Tissot que revient le mérite des premières réalisations qui furent faites dans notre marine, et son nom doit être placé à côté de ceux du général Ferrié et d'André Blondel, ainsi que de celui de René Mesny, dans la liste des savants Français qui ont créé la TSF en France […] sa mort prématurée a été une très grande perte pour notre pays et pour la science ... »
(Le développement de la TSF dans la marine Nationale de 1897 à 1939)

[Rapport de Giboin - Le développement de la TSF dans la marine nationale de 1897 à 1939]

• Dans la revue Armée et marine n°72 du 8 juillet 1900, le capitaine de frégate Morritz, fraichement nommé par le ministère de la marine au poste de président d’une commission spéciale de TSF, déclarait « Tout d’abord permettez moi de rendre un juste hommage aux trois savants français, M Branly, Ducretet et Tissot sans lesquels chez nous la télégraphie sans fil serait encore dans les nuages…»

LE MILIEU SCIENTIFIQUE : UN TERRAIN PARFOIS HOSTILE

• Le désintéressement de Tissot, son coté passionné, sa force de travail et l’importance de certaines de ses découvertes ou propositions, forcèrent l'admiration de beaucoup, mais l'amenèrent aussi tout au long de sa carrière à se faire des ennemis dans le milieu scientifique et industriel.
Comme en témoigne Marcel Stapffer (frère de jeanne Tissot), dans une lettre du 05 OCT 1917 adressée à Camille Jeanne Tissot après la mort du Commandant Tissot :
« ...Comme tous les esprits supérieurs à la moyenne capables de faire œuvre personnelle et par suite de déranger les routiniers et les ambitieux. Ton pauvre papa avait parmi les scientifiques plus d’ennemis que d’amis et en me léguant son testament scientifique, j’ai bien compris qu’il comptait sur l’expérience que je commence à acquérir des luttes contre les scientifiques officiels ».

• En 1901, las de se faire épier et piller par des opportuns qui observent de près l’état d’avancement de ses travaux, Tissot n’hésite pas à se rebeller contre le secret auquel il est tenu de par son statut militaire.
Il s’explique là-dessus dans une lettre à Turpain du 1er DEC 1901 :
« Bien entendu tu peux te servir comme tu l’entendras des documents que je t’ai adressés. Seulement, pour me couvrir au point de vue maritime, fais ressortir que tu ne connais que les résultats scientifiques de mes expériences et déclares hautement que les détails intimes des appareils te sont inconnus… Ceci posé, non seulement je t’autorise pleinement à utiliser si tu le peux tout ce que je t’envoie, mais même tu me rendras en le faisant un service signalé. Ce que tu as déjà fait d’ailleurs et je t’en remercie chaudement de nouveau. Tu m’aideras ainsi à me dégager du confidentialisme (sic) grotesque où l’on a la prétention de m’enfermer. Tu vois ce que c’est. On me couvre de fleurs, puis on chambre au ministère toutes mes expériences. Et alors un tas de lascars viennent puiser dans les documents et sous prétexte de confidentialisme (sic) se les approprient »
[Lettre de Camille Tissot à Albert Turpain - 1er décembre 1901]

Comme dans bien des domaines scientifiques à cette époque, (cf. Clément Ader et son avion en 1897), les chercheurs militaires sont empêchés d’être au contact des autres chercheurs à cause du secret, et les responsables manquent souvent de réelle clairvoyance. Ils ne voient pas les applications possibles de ces travaux, et donc ils n’encouragent pas leur poursuite.Si Ader, dépité par ces attitudes, préféra casser son avion, Tissot dut souvent avaler sa fierté face à des situations abracadabrantes, avec budgets et gestion imprégnés des méthodes « administratives » de l’époque. Il passa donc en parti son temps à se battre pour quelques centaines de francs.
Dans le même temps, des pays comme l’Italie ou l’Allemagne, et plus encore l’Angleterre, donnent le maximum de moyens aux chercheurs qui étudient ces sciences novatrices et prometteuses, ce qui assurera, plus tard, leur suprématie tant militaire que civile par rapport à la France qui, si elle a eu de bons scientifiques, n’a pas su exploiter leurs résultats.
Les autorités civiles et militaires iront même jusqu’à préconiser les appareils de Marconi pour la Marine Française, plutôt que d’encourager les travaux de Tissot.

• Malgré les déceptions rencontrées dans le milieu scientifique, Tissot pourra quand même compter sur quelques fidèles amis, dont Albert Turpain, qui contribuera à plusieurs reprises à mettre en valeur ses travaux. Dans son « manuel de télégraphie sans fil » (paru en 1909), Turpain écrit : « M. Tissot ne s’est pas contenté de faire, au sujet des phénomènes mis en cause dans la TSF, des études systématiques qui sont de beaucoup les plus complètes qui aient été faites touchant cette intéressante application des ondes électriques ; il a encore doté nos escadres de tout un matériel des mieux étudiés qui leur a permis peu à peu, et cela dès 1898, d’accroître la portée des communications. Aujourd’hui tous les navires de guerre munis des dispositifs Tissot peuvent communiquer à 300 km. En 1906, le « Bruix » a même pu communiquer avec Port-Vendres, soit 500 km ».

SA CARRIERE DANS LE MONDE DE LA SCIENCE ET SES PRINCIPAUX TRAVAUX …

INTRODUCTION

• Il est quelques domaines ou Tissot, comme il l’écrit dans son testament scientifique, revendique sa primauté.
[Testament Scientifique - Autobiographie Tissot]

• En plus d'avoir réalisé les premières liaisons opérationnelles francaises de Télégraphie sans fil, et d'avoir été à l'initiative des signaux horaires de la tour Eiffel, il a su, entre autres, tirer parti le premier du bolomètre pour faire des recherches quantitatives et instituer un procédé de mesure permettant d’évaluer avec précision le courant dans l’antenne réceptrice, et il a pu en déduire la loi des portées et le facteur numérique qui en découle.
Il a également été un des premiers a montrer la fécondité de la méthode de Bjerknes pour la mesure des amortissements, il a mis en lumière l’application de la courbe de résonance a la TSF et institué des procédés de mesure précis des périodes et des amortissements des antennes. Les relations expérimentales déduites ont été ensuite vérifies et validées par d’autres expérimentateurs.
Parmi les résultats les plus intéressants obtenus, la relation importante entre la valeur de l’amortissement et la qualité de la prise de terre et l’introduction de la notion de résistance de rayonnement de l’antenne et la 1ere détermination de cette résistance.

[Formulaire]

• Les apports de Tissot à la TSF sont donc nombreux et très importants. La globalité de son œuvre est à découvrir dans les dossiers du site [Travaux et Expériences]

• Vous retrouverez ci dessous une sélection de ses travaux les plus marquants, ressitués parmi quelques autres principales découvertes concernant les débuts de la TSF (en bleu), ainsi que les étapes essentielles de sa carrière de scientifique.
Vous trouverez également quelques restitutions d'articles de presse d'époque indiqués par le symbole :


Affiche de la conférence donnée par le commandant Morritz à la société de géographie de Rochefort le 19 mars 1900
Archives Famille Ducretet

1889

Hertz fait des étincelles
« En 1889 Hertz démontre expérimentalement la justesse de la théorie de Maxwell, et montre comment les ondes, développées dans l’éther par un courant électrique oscillant, se manifestent par une étincelle, ce qui était le premier pas vers la TSF. »
Extrait des attendus procès Marconi 1912

Cette invention, l’une des plus belles de la fin du 19ème siècle, consiste en la transmission dans l’air d'une onde électromagnétique formée à partir d’étincelles et constitue les prémices de la radiodiffusion. Mais avant d’être réellement utilisable, il faudra que de nombreux scientifiques à travers le monde combinent leurs efforts et rassemblent leurs expériences autour de ces parasites magiques.

1890

Branly et le radioconducteur
En 1890 Branly vint à son tour imprimer une impulsion nouvelle à la découverte encore insoupçonnée en utilisant, pour la première fois, afin de déceler les ondes hertziennes, le radioconducteur qui consiste en un tube de verre, rempli de limaille de fer ; que ce tube est, en effet, mauvais conducteur de l’électricité, à cause de la division du métal, mais devient bon conducteur quand sous l’action d’un courant électrique, les particules se soudent. Branly plaça ce tube dans un courant spécial, interrompu par ce tube, qui restait sensible aux ondes, de telle sorte que, quand celles-ci le rencontraient, la cohérence se produisant, le courant était rétabli et actionnait l’aiguille d’un galvanomètre également intercalé dans le circuit et qui signalait ainsi la présence des ondes. Naturellement, cet effet produit, on s’empressait, par un choc approprié, de détruire la cohérence, de couper ainsi le courant, et de remettre l’appareil en mesure d’avertir de nouveau du passage de nouvelles ondes.

« On dit souvent que Branly a découvert la TSF. C’est vrai et faux. Sans la découverte de Branly, il n’y aurait pas de TSF. Pourtant Branly quand il a fait sa découverte, ne s’est pas ne s’est pas occupé de TSF. A l’instant lerk Maxwell, baptisées par Hertz, serviront bientôt à la transmission. Il étudie la force nouvelle qui s’est révélée. Il ne se demande pas quel emploi elle peut recevoir. »
Extrait de la plaidoirie de maitre Seligman au procès de 1ère instance du procès Marconi.

1891

• Le 7 mars 1891, Camille Tissot est élu membre de la société Française de physique.
[Sté Française physique]

1892

Crookes fait le lien entre le radiconducteur et la TSF
« Crookes suggère le premier que la découverte de Branly pourrait bien conduire à une télégraphie sans fil, et que Marconi pénétré de la même idée, la mit sufisamment au point pour prendre son premier brevet inauguratif de la merveilleuse invention le 2 juin 1896.»
Extrait des attendus procès Marconi 1912
.

1893

Travaux de Tissot sur les compas placés à l'intérieur des Blockhaus cuirassés
Les premiers travaux remarqués de Camille Tissot, portent sur l’étude d’un système de compas capables de fonctionner sans être influencés par la carapace d’acier qui forme la cuirasse des blockhaus (tourelles canon des navires).

[Les travaux sur les compas sous cuirasse (1893)]

• Mais, à l’époque, la marine est confrontée à un autre problème : l’isolement des escadres au mouillage sur rade, de nuit. En effet, les signaux entre les navires se font par systèmes optiques. Ils sont donc soit invisibles soit indiscrets dés que la nuit tombe, faisant de chaque embarcation s’approchant un ennemi potentiel et interdisant toute communication nocturne.

Travaux de Tissot sur les lumières polarisées
Dés 1894, Tissot essaie de résoudre cette difficulté par le biais des lumières polarisées.*
Il finalisera ses travaux sur le sujet en 1915, ses études sur la TSF ayant ensuite occupé tout son temps. Il aura alors mis au point un système sophistiqué qui sera utilisé en secret par la marine Française durant la première guerre pour l’idenification entre sous-marins et navires (les signaux alors émis par ces systèmes ne sont vus que par celui qui possède les jumelles adéquates).

[lumières polarisées -Appareil TR]

*[La lumière incidente (celle qui éclaire un sujet) peut être considérée comme un ensemble d'ondes capricieuses venues de toutes directions. Par réflexion sur une surface lisse non métallique, on peut obliger la vibration à s’effectuer dans une direction bien précise. La lumière se polarise alors et ne vibre plus que dans un seul plan. Nous aurons alors une lumière polarisée.]

1894

La conférence de Lodge
« En 1894, Lodge, un savant, fit une conférence sur les travaux de Hertz … A ce moment la question de la TSF est posée. On ne la croit pas insoluble. Mais on entrevoit des obstacles. La transmission des ondes éthérées comporte deux opérations. La première de ces opérations c’est l’oscillation, point de départ de l’émission des ondes. La seconde c’est la radiation. Les oscillations, source du mouvement doivent être énergiques, peu amorties. Il faut donc qu’elles se produisent dans un milieu bon conservateur de l’énergie électrique... Pour la radiation, au contraire, il est utile que le circuit électrique où se fait le travail cède facilement son énergie à l’éther ambiant. Il y a donc une antinomie entre l’accomplissement par un même organe des fonctions d’oscillation et des fonctions de radiation. Lodge a mis en évidence la difficulté dans ses conférences de 1894. Lodge résumera la difficulté en ces termes « la radiation énergique des ondes électriques et la réalisation d’oscillations persistantes sont, pour le moment, deux choses incompatibles …. Dans les appareils envisagés par Lodge, c’est un seul circuit électrique qui est chargé à la fois des oscillations et de radiation. S’il remplit bien l’une, il remplit mal l’autre. Il faut arriver au brevet Marconi, pour trouver l’idée, à la fois géniale et simple, de séparer les fonctions de radiation et d’oscillation … La conférence de Lodge ayant nettement posé la question, les praticiens travaillent à la résoudre … »
Extrait de Plaidoirie de maitre Seligman procès Marconi 1ère instance


[Dossier Procès Marconi - Page 4]

1896

• Le brevet Marconi
Le 2 juin 1896 Marconi dépose son premier brevet concernant la TSF « Marconi est un jeune italien qui à l’âge de 21 ans, entreprit de rendre pratiques les expériences de laboratoire de Hertz…les premiers essais de Marconi eurent lieu dans la villa de son père à Pontecchio, près de Bologne. Il réussit d’abord à communiquer à des distances de quelques mètres, d’une pièce à l’autre, puis dans le jardin. Les recherches de Marconi sont encore les distractions studieuses d’un jeune homme. Il arriva bientôt à communiquer dans toute la longueur du jardin. Personne n’avait obtenu ce résultat. De tâtonnements en tâtonnements, il étendit son rayon d’action à plusieurs KM. Il prit alors son premier brevet, celui de 1896, qui enregistre des résultats considérables, puisque par ce système, on a équipé des bateaux et des postes côtiers. Dans le système Marconi de 1896, il y a un circuit électrique unique dont les élements essentiels sont l’éclateur et l’antenne…L’oscillation et la radiation se font dans le même circuit. Etant un bon radiateur, il est un mauvais oscillateur. Les ondes émises iront s’affaiblissant graduellement, s’amortissant peu à peu. Tel qu’il est, cet appareil est le premier qui ait fonctionné »
Attendus du jugement de première instance du procès Marconi


[Dossier Procès Marconi]

• Les débuts de Tissot en TSF
Dés 1896, Camille Tissot reprend les travaux de Hertz et de Popov, ainsi que ceux de Branly et débute ses travaux sur la TSF :
« Dès 1896, et alors que les travaux de Lodge et de marconi étaient encore fort peu connu il poursuivait de son côté des recherches parallèles et indépendantes et réussissait à assurer des communications par ondes hertziennes, d’abord entre différents points de la rade de Brest, puis entre l’ile d’Ouessant et le littoral, créant ainsi la première station de télégraphie sans fil, qui ait été établie en France (1898). »
Extrait de la notice faite par Tissot pour une conférence à Stockholm.

[Notice Stockholm- Autobiographie Tissot]

• Au départ, Tissot construit lui-même son matériel de TSF avec l’aide d’E. Branly.
On trouve trace de cette collaboration dans le rapport officiel de 1899 :
« On construit aussi des récepteurs montés à Brest à l’aide de pièces fournies par monsieur Verdin, constructeur à Paris, et de tubes radioconducteurs gracieusement mis à notre disposition par monsieur Branly».

[Dossier Rapport officiel de 1899]


• Le 5 février 1896, il est admis comme membre de la Société Mathématique de France.
[Sté mathématique]

1897

Sur le brevet Lodge
Oliver Joseph Lodge est un physicien britannique. Il améliorera très nettement la sélectivité et l'efficacité des émetteurs et des récepteurs radiotélégraphiques grâce à l'utilisation de circuits oscillants résonnants accordés sur la même fréquence, principe appelé syntonie (brevet en 1897). Source Wikipedia.


« Le brevet anglais Lodge date du 10 mai 1897. Il diffère du brevet Marconi par le fait que dans le récepteur, la simple introduction de deux circuits au lieu d’un seul n’était pas chose nouvelle. Dans la figure 14 du brevet Lodge de 1897, celui-ci montre que le circuit ouvert de son antenne réceptrice est relié par un transformateur au circuit fermé contenant le cohéreur…Le circuit secondaire, tel qu’il est représenté dans le brevet Lodge, n’est pas syntonisé et ne peut pas être syntonisé et ne peut pas être syntonisé avec le circuit de l’antenne. Ce savant a recherché la syntonisation comme le faisait Marconi en 1896, entre le poste récepteur et le transmetteur, entre la station qui est en Amérique et celle qui est en Europe. Il n’a pas eu l’idée de syntoniser entre eux les deux circuits, tout voisins, de son récepteur…Lodge n’a pas pressenti l’utilité de la syntonisation des deux circuits de réception. Il est donc à la fois très près et très loin de la solution... Le brevet Lodge constitue cependant un progrès sur le brevet Marconi de 1896. En imaginant un compromis pour atténuer l’antinomie entre les fonctions de radiation et les fonctions d’oscillation , Lodge a amélioré les appareils à circuit unique. Il a réalisé une certaine syntonisation entre le poste transmetteur et le poste récepteur. Il a atteint une distance supérieure à celle que les brevets antérieurs permettaient de franchir.
Le principe et le mérite de cette invention (Lodge 1897) résident dans cette conception du compromis qui permet d’utiliser complètement, pour la première fois, le principe de résonnance. »
Extrait de la plaidoirie de Me Seligman - procès marconi 1ère instance

[Dossier Procès Marconi - Page 4]

1898

Popoff et les antennes
En 1898, Alexandre Popoff, un physicien russe, étudie les émissions électromagnétiques des orages quand il a l'idée d'améliorer la sensibilité du récepteur équipé d'un radioconducteur de Branly en y raccordant le fil d'un paratonnerre. Il venait d'inventer l'antenne. Cette découverte permet à Marconi de réaliser les premières liaisons radiotélégraphiques en 1899 (expérience de Wimereux).
Source Wikipedia

Pour résumer, c’est donc Branly qui concevra le radioconducteur qui réagit aux ondes hertziennes.
Le professeur Popoff, par la création de dispositifs pratiques, parviendra quant à lui à transmettre et à recevoir des signaux envoyés dans l’espace sur des distances conséquentes. D’autres savants comme Braun, Lodge entre autres apporteront
leur pierre à l’édifice.
C’est enfin Marconi, Tissot et Ducretet, qui rendront la TSF opérationnelle en réalisant les premières transmissions opérationnelles, après avoir compris et perfectionné les phénomènes et les instruments inventés pour les utiliser.

• Le 30 juillet 1898, il est nommé Officier d'Académie.
[Officier académie]


La toute première liaison opérationnelle francaise est réalisée par Tissot
Le 3 août 1898, soit plus de 3 mois avant la liaison réalisée par E. Ducretet entre le Panthéon et la tour Eiffel qui restera dans l’histoire, Tissot, aidé par l’EV Matha, établit , devant le Ministre de la Marine en inspection à Brest, la première liaison radio opérationnelle Française en mer :
1 800 mètres, entre le « Borda » et le sémaphore du Parc aux Ducs.
Le ministre, convaincu et enthousiaste, ordonne aux services du port de fournir à Tissot des moyens financiers, afin qu’il puisse enfin entrer dans la compétition des portées.

[Dossier Premières expériences 1898]

« Le commandant Tissot a été un des premiers en France à se livrer à l’étude de la TSF qu’il a poursuivi sans relâche, tant du point de vue théorique que pratique, depuis les débuts même de son apparition en 1898. En dehors de la part importante qu’il a pris au développement technique de la TSF et à ses applications à la marine de guerre, il s’est livré à une série de recherches de caractère purement scientifique. » Extrait de la notice biographique écrite par Tissot en 1917.

[Testament Scientifique - Autobiographie Tissot]


Photo de la station du parc au Duc à Brest lieu des 1ères expériences réalisées par Camille Tissot
Archives Famille Tissot

• Tissot Ducretet : le début d'une collaboration
Juste après l’expérience d’août 1898, Ducretet, vite informé des prouesses de Tissot, prend contact avec lui. Cet artisan Parisien, spécialisé dans la fabrication d’appareils et instruments d’expérimentation, est aussi un brillant expérimentateur et il s’intéresse à cette époque à la TSF.
A la lecture des lettres échangées, on comprend que Tissot jouera dès lors un rôle de conseiller technique auprès de l’industriel.
Il lui fera notamment partager le fruit de ses expériences, et lui donnera de nombreuses indications afin qu’il modifie ses appareils pour accroître les portées.

[Dossier Tissot et ses collaborations dans le domaine de la TSF - Tissot Ducretet] (a venir)


Portrait d’Eugène Ducretet, industriel et scientifique français, spécialisé dans la construction d'instruments de physique, en particulier dans le domaine électromagnétique, il participe activement à l'essor de la TSF grâce à l’aide de Camille Tissot dans les tous débuts de la TSF en France.
Archives Famille Ducretet


• L'expérience Ducretet entre la tour Eiffel et le Panthéon
Le 18 Novembre 1898 - Expérience de Ducretet :
« En France, dès novembre 1897, Eugène Ducretet transmet un message entre son laboratoire et le Panthéon (400 m). Fort de ce succès, il réalise, le 18 novembre 1898, une liaison entre la tour Eiffel et le Panthéon (4 km), liaison qui restera dans l’histoire comme la première liaison opérationnelle française. » Citation du livre "comment Branly a découvert la radio" de Jean-Claude Boudenot.

Mais nous venons de voir que la réalité est différente puisque Tissot a déja fait une liaison réussie 3 mois avant, avec il est vrai des appareils Ducretet mais modifiés par lui.

"Monsieur Ducretet explique qu’il a fait, en présence de monsieur Mascart (de l’institut), des expériences grâce auxquelles il a pu mettre en communication la tour Eiffel et le Panthéon. Il franchit des distances de 3 à 4 kilomètres à une époque ou Marconi arrivait couramment à mettre en communication des postes éloignés de 40 à 50 Kilomètres"
Extrait de la plaidoirie de Me Seligman - procès marconi 1ère instance


[Dossier Procès Marconi - Page 4]

1899

• Sur le brevet Braun
"Braun est un professeur de l’université de Strasbourg qui a pris un brevet en 1899. Le commandant Férrié, dans son livre daté de 1909, semble considérer que Marconi s’est inspiré de Braun, au moins pour son transmetteur. C’est une erreur, Braun ne s’est pas attaché au problème qui a préoccupé Marconi, l’incompatibilité entre le travail d’oscillation et le travail de radiation dans un même circuit. Braun cherche à utiliser des vibrations plus lentes que celles dont s’est servi Hertz. Voici le résumé de son brevet, rédigé par lui-même : " ... en résumé je revendique comme mon invention, un système télégraphique par étincelles dans lequel au lieu des vibrations de Hertz, on emploi des vibrations plus lentes qui se produisent, notamment en présence de bobines d’induction, à la décharge de bouteilles de Leyde"...L’invention de Braun, n’a rien de commun avec celle de Marconi. De même que Lodge, qui a deux circuits à la réception, n’accorde pas ces deux circuits entre eux, Braun n’accorde pas ses deux circuits de transmission ...Il est reproché à Braun, dit le lieutenant Tissot, dans son mémoire, de n’avoir pas mentionné l’accord dans son brevet. Braun a bien mis deux circuits dans sa transmission, mais il n’y a pas mis deux circuits accordés...Il est d’ailleurs bien entendu que Braun ne s’est occupé que de la transmission. Son brevet ne constitue donc qu'une antériorité partielle. Dans un article de Braun du 15 mars 1901…, il raconte les expériences qu il aurait faites à Strasbourg et à Cuxhavene, avant de prendre son brevet. Ces expériences ne sont pas publiques. Si elles avaient reçues de la publicité , elles auraient entrainées la nullité du Brevet Marconi qui les a suivies et rien ne permet de croire que ces essais aient été faits avec des circuits ajustés"
Extrait de la plaidoirie de Me Seligman - procès marconi 1ère instance


[Dossier Procès Marconi - Page 4]

Marconi avouera plus tard à Braun lui-même qu'il avait «emprunté» des parties de son travail. En 1909, Braun partage le prix Nobel de physique avec Marconi pour "contributions au développement de la télégraphie sans fil .
Source Wikipedia



Edouard Branly
Archives Wikipedia

• La bataille des portées
Mars 1899
C’est grâce au radioconducteur de Branly que Marconi a pu réaliser les premières liaisons de grandes portées, Suite aux liaisons de télégraphie sans fil réalisées avec succés par Guglielmo Marconi du 27 mars au 29 avril 1899 entre une station installée à Wimereux (Pas de Calais), une à South-Fireland (Douvres) et deux navires L'Ibis et La Vienne, navigant dans la Manche.
Guglielmo Marconi adresse le 29 avril 1899 le télégramme suivant à Édouard Branly :"M. Marconi envoie à M. Branly ses respectueux compliments pour la télégraphie sans fil à travers la Manche - STOP - Ce beau résultat étant du en partie aux remarquables travaux de M. Branly - STOP." 48 Kilomètres.


»
La distance de 50 kilomètres est atteinte au dessus de la mer, ce qui fait entrevoir la possibilité de remplacer certains câbles télégraphiques sous marins par 2 stations de TSF. La pose de ces câbles étant longue, complexe dangereuse et excessivement coûteuse, la TSF qui apparaissait pour beaucoup comme pratiquement inutilisable, acquiert soudain une autre dimension. Pour Branly c’est la preuve que ses travaux et découvertes sont à la base d’applications utiles à l’homme, en particuliers pour la sécurité maritime, les navires vont pouvoir rompre leur isolement pendant les traversées et rester en contact avec la terre ferme. Il échange à ce sujet une correspondance suivie avec un officier de marine, le commandant Tissot. Cet officier a compris tout de suite l’intérêt que pouvait tirer la royale de l’utilisation du radioconducteur. Il fait donc des recherches dans ce sens avec le soutien d’Edouard Branly.

Dernier point, six mois après les essais de Wimereux, la marine Française fait installer la TSF à bord des navires. »

Dr Baris livre sur Branly, P87 et 88

[Dossier Tissot et ses collaborations dans le domaine de la TSF - Tissot Branly] (a venir)

10 avril 1899
Camille Tissot indique à la société française de physique qu’il opère sur une plus vaste échelle avec des appareils plus puissants fournis par monsieur Ducretet au département de la marine.
Un échange de télégrammes nous fixe sur la performance :
« Venons de faire expériences à 4 KM avons échangé télégrammes en présence ministre marine avec succès amitiés Tissot » Réponse de Ducretet même Jour : « Retour Voyage. Dites à ministre que bientôt nous ferons mieux que les anglais avec crédits. Lu journaux ce matin article à votre insu. Amitiés Ducretet »
JCB Montagné - "Eugène Ducretet Pionnier français de la radio", P88


• L'installation sacrilège sur le clocher de l'église Saint Martin
Juin 1899 :
Il va même jusqu’à établir ses appareils de TSF dans la tour et sur le clocher de l’église Saint-Martin à Brest pour vérifier ses hypothèses de travail.

Extrait Lettre de Camille Tissot à Eugène Ducretet du 8 Juin 1899 :
« Pénétré du souci d’aboutir et d’aboutir vite (surtout en ce qui concerne les communications avec Ouessant, au sujet de laquelle je viens encore de recevoir une dépêche ministérielle. Permettez-moi de vous soumettre quelques difficultés qui m’arrêtent, espérant que vous nous donnerez les moyens de les résoudre. Je vous ai signalé la difficulté relative que j’éprouve à communiquer avec saint martin (poste transmetteur au clocher). Bien que j’emploie 50 M de fil efficace. Ci-joint le shéma de l’installation du fil au sommet. L’isolateur est fixé à une drisse de filin passée dans une poulie amarrée à la croix. Je vais essayer de disposer une perche horizontale pour éloigner davantage le fil….Avant de me lancer à Ouessant, il faut que je sois certain d’obtenir des communications à 12 ou 15 KM de TSF en 1899 avec les 50M de fil dont je dispose au clocher de Saint Martin ».
Archives famille Ducretet

[Lettre de Camille Tissot à Ducretet - 8 juin 1899]

Cette installation, sacrilège, défraie la chronique locale et Charles Millot (alias Gervèse), élève de Tissot sur le Borda, amusé par son audace, réalise une superbe lithographie humoristique en clin d’œil à ces expériences.
En légende du dessin, il écrit : « … Mr T…, le distingué professeur d’électricité au Borda, vient d’entreprendre une suite d’expériences inédites de télégraphie sans fils. Nous apprenons de source certaine qu’il doit entrer en pourparlers à ce sujet avec les autorités de la paroisse Saint-Martin, et solliciter la permission d’installer au sommet du clocher quelques uns de ses appareils… »



Eglise Saint Martin avec l'antenne installée au sommet par Tissot
Archives Famille Tissot

Lithographie signé Charles Millot Plus connu sous le nom de Gervèse célèbre peintre et illustrateur
Archives Famille Tissot


Extrait du journal La dépêche du 19 mai 1899
Archives Départementales, Mairie de Brest


• La campagne d'essais de Tissot sur le littoral
En septembre 1899, Tissot fait communiquer Ouessant (le Stiff) et Brest sur 22 Km. Comme l’explique Ducretet dans un article de «la dépêche de Brest» : «Les belles expériences du Lt de vaisseau Tissot réalisées avec mes appareils entre la côte bretonne et l'ile d'Ouessant ont une réelle importance par suite de l'utilisation, par M. Tissot, comme supports des conducteurs « radio-collecteurs »(*) des phares de Trezien et du Stiff. Très habillement, M. Tissot a ainsi démontré qu'il était possible d'établir économiquement et rapidement deux postes de TSF sur les côtes pour leur communication entre elles, avec les îles et avec les navires au large, cela par tous les temps et à toutes les heures. Cette distance de 22 Km n'est pas à beaucoup près à sa limite, elle sera considérablement augmentée»
Branly, qui avait pourtant décliné une invitation de Marconi à assister à ses expériences, participe aux essais de Tissot sur l’île d’Ouessant.
Christine Blondel, "Branly face à l'innovation technique :un cas d'espèce"
[Dossier Premières expériences 1899]


(*) On appelle alors « radio collecteurs » les antennes, ce sont de longs fils qui pendent le long des édifices.


A gauche Phare du Stiff à Ouessant - A droite Phare de Trézien

Photos prises par camille Tissot lors de la campagne d'essai de 1899
On note qu'il y a dessiné des antennes au crayon afin de montrer les installations qu'il comptait réaliser à Eugène Ducretet

Archives Famille Ducretet

......
Journal "Le Mémorial D'Amiens" du 12 septembre 1899 :
« Monsieur Ducretet dont nous avons déjà raconté les belles expériences communique aux journaux le télégramme suivant : « Voulez vous communiquer à vos lecteurs la dépêche que je viens de recevoir « Nous communiquons entre Brest et Ouessant à 22 KM. Plein succès. Amitiés. Tissot » Avec mes appareils, monsieur le lieutenant de vaisseau Tissot a pu grâce à son habileté et sa persévérance réaliser de belles et définitives expériences de télégraphie sans fil et montrer que notre pays peut ne pas être tributaire de l'étranger. Cette distance de 22 KM peut être considérablement accrue. Vive la France. » Au lendemain des manoeuvres navales anglaises, où la télégraphie sans fil a donné des résultats très satisfaisants, l'importance de la dépêche que monsieur Ducretet a bien voulu nous communiquer n'échappera à personne. On se souvient en effet qu'au cours de ces manoeuvres un croiseur de la flotte anglaise a pu grâce aux appareils Marconi qu'il avait à bord, signaler l'ennemi au vaisseau amiral avec une rapidité jusqu'ici inconnue. Comme le prouve la dépêche envoyée par monsieur le lieutenant de vaisseau Tissot, les officiers de notre marine ont eux aussi résolu le problème de la télégraphie sans fil appliquée à la tactique navale, et leurs expériences pour être moins bruyantes que leurs voisins d'outre manche, n'en sont pas moins décisives. »

 


Extrait de la revue Armée et Marine du 15 octobre1899
Archives Famille Tissot

Un mois plus tard, c’est L’île vierge, sur la côte nord du finistère, qui est reliée par TSF au Stiff, soit 42 Km.
Le journal «le siècle» du 21 octobre 1899 relate :
«La marine de guerre à son tour s’est occupée de la question. Les résultats obtenus par M le lieutenant de vaisseau Tissot sont décisifs. Entre les promontoires et les îles du littoral rien, ni le temps ni l’ennemi ne peuvent plus empêcher la réalité et la régularité des communications. On a pu correspondre à 42 Km en mer avec l’île vierge. La plus grande distance franchie directement et sans intermédiaire, a été de quarante miles. C’était pendant les manœuvres navales de Cherbourg»
Archives famille Ducretet / lettre de Tissot à Ducretet /J-C Montagné « E Ducretet Pionnier Français de la radio »


Phare de l'Ile Vierge
Archives Famille Tissot

Pour la grande campagne d’essais de l’été 99, tous les phares du goulet de Brest sont mis à contribution, et Tissot fait monter des stations, dont une, maîtresse, à la pointe du corbeau, dans tous les recoins de la pointe Bretonne.

Cette campagne d’expérience très importante donnera lieu à l’écriture d’un rapport d'un intérêt historique remarquable, publié au bulletin des travaux des officiers, dans lequel Tissot explique ses travaux à travers la rade de Brest pour établir des liaisons radio opérationnelles. Il y décrit en détails ses appareils et les procédures mises en œuvre. Il y met également en garde, à plusieurs reprises, contre la qualité des travaux de Marconi, selon lui entachés d'invraissemblances et sujets, pour certains d'entre eux, à la plus grande caution.
A l 'époque de ce rapport, la TSF n'a même pas 18 mois …

[Dossier Rapport officiel de 1899]

• Tissot Ducretet pas toujours sur la même longueur d'onde
Dans le même temps, Ducretet, en commercial avisé, continue de faire une très grande publicité aux expériences mettant en oeuvre ses appareils. Cela exaspère quelque peu Tissot qui confie à ce sujet à Turpain : « Ce brave monsieur Ducretet inonde la presse de communications intéressées auxquelles je te prie de croire que je ne suis pour rien. Il se taille la part du lion, un peu à mon détriment car il a amplement mis à profit mes indications et mes expériences pour réaliser un modèle d’appareil qui tient à peu près debout »
Lettre de Tissot à Turpain du 9 Octobre 1899 - Archives Albert Turpain - J. Marzac

Camille Tissot proposera tout de même les appareils Ducretet pour l’équipement des bâtiments militaires en TSF. C’est d’ailleurs grâce aux essais forts concluants du marin-savant en 1899 que la marine signera en janvier 1900 un marché avec Ducretet pour la fourniture aux ports de Brest et de Toulon de matériel de TSF, alors que beaucoup, dans les états majors, préféreraient le matériel « des Anglais », c’est à dire celui de la Marconi Wireless Cy.


Marché signé par Ducretet avec la marine nationale grace à Camille Tissot
Archives Ducretet - Famille Ducretet



Le premier manuel de TSF écrit par Tissot
En Octobre 1899 la marine nationale demande à Tissot d'écrire de toute urgence un manuel à l'attention des militaires afin que la TSF puisse être enseignée aux militaires chargés des expériences.
Extrait du rapport de l'Ingénieur en chef de 1ere classe du Génie Maritime E. Giboin, présenté à la séance de l'Académie de Marine du 23 février de 1951 ("Le développement de la TSF dans la Marine Nationale de 1897 à 1939") :
« Au vu de ces résultats, des décisions des 24 octobre et 9 décembre 1899 accordèrent à l’escadre basée sur Brest deux installations à bord de navires ; avec un matériel de fortune réalisé par Tissot, une portée de 19 milles marins fut obtenue, à la fin de l’année 1899, entre le cuirassé Masséna et le phare du Portzic. Tissot rédigea un manuel de TSF destiné à servir à l’instruction du personnel. Une décision du 29 décembre 1899 prescrivit à l’école des officiers torpilleurs d’enseigner l’utilisation des ondes Hertziennes, et le manuel de Tissot fut envoyé, le 12 janvier 1900, à Toulon, en 2 exemplaires, l’un pour l’école et l’autre pour l’instruction du personnel chargé des expériences, car le port de Toulon allait à son tour expérimenter la TSF. »

Tissot en envoie alors un exemplaire à Ducretet pour obtenir son approbation, car c'était les appareils Ducretet modifiés par lui qu'il préconisait d'utiliser pour la marine Nationale.

Ce manuel servira de base pour l'enseignement de la TSF aux marins. Il sera complété au fur et à mesure des nouvelles découvertes et réédité régulièrement.
C'est le premier livre écrit par Tissot.

.
Brouillon du manuel de TSF envoyé par Tissot à Ducretet pour information en octobre 1899
Archives Ducretet - Famille Ducretet

[Intégralité du manuel de 1899 dans le Dossier Tissot et ses collaborations dans le domaine de la TSF - Tissot Ducretet] (a venir)




Manuel de télégraphie sans fil à l'usage des militaires reédition de 1916
Archives Famille Tissot

 

1900

• Tissot et ses débuts avec le Bolomètre
« Tissot depuis 1900 s’est surtout attaché à l’étude des méthodes de mesures en Télégraphie sans fil et des questions théoriques qui s’y rattachent. Il introduit notamment l’usage du bolomètre comme instrument de mesures courantes en télégraphie sans fil et en a tiré un parti précieux pour l’étude des phénomènes mis en jeu dans l’antenne réceptrice. Dans un mémoire sur la résonnance des systèmes d’antenne et où il a résumé une partie de ses travaux (1905) il a montré toute la fécondité de la méthode de Bjerknes en mettant en lumière ses applications dans le domaine de la TSF et en instituant des procédés pratiques de mesure pour les périodes et les amortissements, procédés qui furent employés par la suite d’une manière courante. Ce mémoire présenté comme thèse à la faculté des sciences de paris valait à son auteur le grade de Docteur Es Sciences. »
Extrait de la "notice de Stokholm"

• Travaux de Tissot sur la Modification et l'emploi de nouveaux radioconducteurs pour la TSF

Communication à l'académie des sciences Tome 1 1900 P902 - RESUME
« Dans les expériences que nous avons poursuivies à Brest l'an dernier nous avons pu obtenir des communications très nettes par télégraphie sans fil entre Ouessant et la côte (22km), en faisant usage des tubes à limaille de M. Branly et d'appareils réalisés avec le concours de M. Ducretet.
Nous avons pu donner à ces tubes la sensibilité voulue par l'emploi de limailles de nickel oxydé ou d'acier (acier chromé ou acier au tungstène)
malheureusement, cette sensibilité était peu durable, et parfois même variable dans le cours d'une même expérience.
En outre, le réglage des tubes ne laissait pas que d'être assez délicat. Nous avons réussi à modifier ces radio-conducteurs de manière à
accroître notablement leur sensibilité moyenne tout en augmentant énormément leur durée, et à obtenir une sécurité complète de réception des
signaux.... L'action du champ paraît d'ailleurs purement mécanique et se comprend aisément sans faire appel à aucun phénomène nouveau. Elle est intéressante au point de vue de l'application à la télégraphie sans fil, à cause de la facilité de réglage qu'elle permet d'obtenir, même avec des tubes à électrodes scellées dont on peut amener aisément la sensibilité au point voulu. En supprimant le champ, le tube est ramené à sa résistance primitive par un choc extrêmement léger (des trépidations imprimées à l'appareil suffisent même), de sorte qu'en produisant le champ auxiliaire à l'aide d'un électro commandé par un relais, on arrive à obtenir un récepteur très sensible où le frappeur peut être supprimé. »


[Compte rendu intégral de L'académie des sciences]

Communication à l'académie des sciences - Sur la sensibilité maxima des cohéreurs employés pratiquement dans la TSF - Note de Blondel Tome 1 1900 P1123
« Dans une intéressante Note présentée à l'avant-dernière séance, M. le lieutenant Tissot a signalé un élégant dispositif pour augmenter la sensibilité des cohéreurs peu sensibles à limailles magnétiques (fer ou nickel oxydé), en les soumettant à l'action d'un champ magnétique réglable, dirigé suivant son axe.
Bien que le phénomène ait une apparence magnétique, nous expliquons par une simple cause mécanique l'augmentation au contact entre les limailles et entre les limailles et les électrodes que produit leur attraction mutuelle. Nous obtenons en effet le même résultat, sans aimant, avec n'importe quelles limailles sensibles (alliages d'argent par exemple) et électrodes. C'est même d'après ce principe que nous réglons à volonté la sensibilité de notre cohéreur, en y introduisant plus ou moins de limailles contenues dans le réservoir coudé, sans laisser pénétrer l'air extérieur humide.
Pour accroître encore ces sensibilités et les régler à volonté, nous avons recours simplement à l'abaissement de la tension critique de cohérence
du tube...Le dispositif est encore plus parfait si l'on emploie, au lieu de pile, un potentiomètre placé sur un élément d'accumulateur; on peut alors abaisser autant qu'on le veut la tension critique par le réglage du cohéreur et régler la force électromotrice du circuit en conséquence au moment même d'opérer....Ce dispositif, déjà décrit il y a dix-huit mois dans un pli cacheté déposé par l'un de nous résoud complètement nous croyons le problème du réglage et de la sensibilité maxima des cohéreurs surtout si on le combine avec le transformateur de Marconi qui élève la force électromotrice produite sur le tube par l'antenne.»


[Compte rendu intégral de L'académie des sciences]


• Tissot mis à l'écart par la marine nationale
La Lettre à Ducretet du 24 Juin 1900, montre que l'on met Tissot à l’écart de certains dossiers. Les escadres prennent en effet à sa place la responsabilité des communications entre bâtiments. Cela ne semble pas pour autant affecter Tissot, qui affirme préférer se concentrer sur les expériences pratiques. Il reste cependant garant des communications entre Ouessant et la côte.
Ducretet semble désormais traiter directement avec le ministère de la marine sans plus même en avertir Tissot qui n’hésite pas à lui demander des explications sur le sujet.

« D’après les renseignements que vous me donnez, ce modèle me parait bien compris et suffira sans aucun doute à assurer nos communications entre Ouessant et la côte. C’est le seul point qui me soit laissé puisque les escadres se sont emparées de la question des communications entre bâtiments. En ce qui nous concerne je suis satisfait de l’endurance des bobines qui nous ont été livrées par vous et je ne puis que confirmer ce que j’ai déjà écrit et dit à ce sujet dans mes précédent rapports et lettres. Le bobine qui est resté à Ouessant tout l’hiver est en aussi bon état qu’au début…Ici c’est les commandant Morritz qui est l’âme de la commission et la dirige. Je suis d’ailleurs préoccupé actuellement par une question d’ordre tout différent et lui laisse le soin de mener la TSF. Je suis certain qu’il s’en acquittera à merveille. Je désirerais d’ailleurs me cantonner dans des études purement spéculatives et j’attends le commutateur tournant ainsi que les différents appareils dont je vous ai fait faire la commande… Je serais très heureux que l’on vous récompense de vos efforts en vous donnant un grade dans la légion d’honneur et j’y contribuerai dans la mesure de mes modestes moyens. Mais j’aurais été désireux aussi de voir mon nom figurer à côté du vôtre sur les appareils récepteurs que j’ai contribué à mettre au point…J’ai appris que le ministère vous avait fait la commande de 2 récepteurs, et suis un peu surpris de n’en avoir été avisé que par une voie très indirecte … »

[Lettre de Tissot à Ducretet du 24 juin 1900]



Expériences dans les laboratoires Ducretet - Année 1900
Camille Tissot est situé tout au fond à droite - Juste devant lui on appercoit Fernand Ducretet, fils D'Eugène Ducretet

Archives Ducretet - Avec l'aimable autorisation de la famille Ducretet

• Tissot bat Marconi entre le Masséna et le phare du Portzic

......
La dépêche (Toulouse) 20 juin 1900 :
« … Les premiers expérimentateurs en télégraphie sans fil ont essayé de satisfaire à une condition idéale du problème : établir un système de récepteur tel qu’il ne soit sensible qu’aux vibrations électriques pour lesquelles il aura été préalablement « accordé ».C’est que les vibrations se propageant dans les directions les plus variées, il suffirait à un guetteur attentif de se mettre en surveillance pour saisir au passage les secrets de la communication : avec l’accordage préalable nécessaire, la chose lui serait impossible, son récepteur n’étant pas accordé avec celui du destinataire du message. L’essai se poursuit avec des essais relatifs, mais on attend toujours la méthode définitive. Sans doute il y a grand intérêt à résoudre le problème de la TSF mais il est des cas nombreux où ce secret n’est pas nécessaire : il est même des cas où il peut devenir utile que des récepteurs s’impressionnent à la ronde brutalement et sans distinctions. Et c’est d’ailleurs déjà un magnifique progrès de pouvoir correspondre silencieusement, invisiblement, par tous les temps, clairs ou brouillardés, non orageux, et nuit et jour, et à travers les obstacles, sans lien matériel couteux et encombrant … La télégraphie sans fil progresse lentement mais surement et de toutes parts on s’évertue à rendre les appareils plus parfaits, plus sensibles, les transmetteurs plus puissants, les récepteurs plus impressionnables, afin d’augmenter la distance à laquelle les signaux peuvent parvenir d’une seule envolée. Aux manœuvres navales Anglaises de l’an dernier on a mis la méthode à contribution avec des avantages appréciables. Dans mon article précédent en 1897 je vous parlais de « quinze Km » comme distance maximum et aujourd’hui on annonce qu’un de nos officiers de marine M le lieutenant de vaisseau Tissot est parvenu a correspondre nettement à « soixante KM ». C’est à peine croyable. Soixante kilomètres ! Comment concevoir que ces vibrations électriques produites par de petites décharges de laboratoire puissent se propager aussi loin et aller fidèlement impressionner un récepteur ! Et si l’on en croit les rapports d’outre manche, M Marconi dont les essais se font aux frais d’une riche compagnie, aurait lancé des messages à des distances supérieures. Mais acceptons comme record actuel absolument certain les soixante kilomètres de Monsieur Tissot. C’est entre le Masséna en pleine mer et le phare du Portzic, avec des antennes de 30 mètres de hauteur seulement que la communication a eu lieu par de simples matelots… ».


On retrouve le détail de cette expérience dans le Compte Rendu de l’Académie des Sciences (T130) du 2 avril 1900 (Résumé) : Communications par TSF à l'aide radioconducteurs à électrodes polarisées : « Dans une recente note du 2 avril 1900 nous signalions un dispositif destiné à accroitre la sensibilité et la stabilité des cohéreurs et à en faciliter le réglage, la pratique du procédé nous a permis d'obtenir des des résultats qui paraissent devoir être signalés. Nous avons pu obtenir en effet avec de pareil cohéreurs, des communications d'une netteté parfaite à une distance de 33 miles (61KM), entre un cuirassé et le phare du Portzic. Pour préciser les conditions de l'expérience et donner une idée de la sensibilité obtenue, j'ajouterais que les antenne du poste d'émission et du poste de réception avaient chaque une hauteur toatle de 30M seulement. La bobine employée comme transmetteur était un transformateur Wydts et Rochefort. Les communications n'ont pas consisté en la transmission de signaux intermittents, mais bien en l'échange de phrases complètes, télégraphiées en clair et interprétées au morse par des matelots télégraphistes. Ce résultat qui nous donne la certitude de résoudre, à brève échéance et de manière pratique, le problème des communications par TSF entre bâtiments, et entre bâtiments et sémaphore, a été obtenu sans l'emploi des dispositifs spéciaux brevetés par Marconi...».

[Compte rendu intégral de L'académie des sciences]


Phare du Portzic
Archives Famille Tissot

• Turpain, un allié de poids
Turpain continue de collaborer étroitement avec Tissot en lui facilitant l’accès à la documentation qui lui fait défaut en lui envoyant des brochures scientifiques et ouvrages, il lui procure notamment les mémoires de Hertz ou de Popov qui sont très difficiles à trouver, en particulier à la pointe de Bretagne. Tissot n’hésite d’ailleurs pas à solliciter son ami pour obtenir de la documentation, comme en témoigne cette lettre du 5 juillet 1900 : « En fait d’augures, c’est toi que je voudrais consulter surtout, car sans vouloir te flatter, tu es certainement le type le plus documenté sur les questions qui m’intéressent.»
[Dossier Tissot et ses collaborations dans le domaine de la TSF - Tissot Turpain] (a venir)




Archives Turpain - J Marzac

• Travaux de Tissot sur le cohéreur à cohésion magnétique
Aout 1900 : Turpain publie un fascicule sur un cohéreur à cohésion magnétique mis au point par Tissot.
[Fascicule cohéreurs à cohésion magnétique Par Turpain]

• Les hommes du jour

......
"L’éclair" des 9 et 10 septembre 1900 :
Les hommes du jour : « La télégraphie sans fil entre de plus en plus en application pratique. Nous avons signalé l’année dernière les expériences faites à Paris, de la tour Eiffel au Panthéon, par monsieur Ducretet. En même temps, un de nos officiers de marine, le lieutenant Tissot, obtenait à Brest des résultats satisfaisants. On projetait de relier l’île d’Ouessant à la côte par son système. En Angleterre c’est le système Marconi qui est adopté. Un télégramme disait l’autre jour qu’un certain nombre de navires de guerre allaient être munis des appareils nécessaires. Monsieur Marconi est né à Bologne, en Italie en 1875. Il est d’origine Anglaise par sa mère. C’est à Bologne qu’il étudia, qu’il fit les premiers essais de télégraphie sans fil. Il alla ensuite en Angleterre, où tout de suite on lui fit bon accueil. On n’ignore pas qu’il n’est point de peuple qui sache, comme les anglais, habilement utiliser les découvertes faites en d’autres pays. Nous parlions hier des progrès de la télégraphie sans fil, ajoutons que le lieutenant Tissot, avec les appareils de monsieur Ducretet, a pu communiquer à une distance de 42 KM, du phare de Trézien (pointe de Corsen) avec le phare du Stiff (île D’Ouessant). En finlande, les expériences faites par monsieur Popoff ont porté sur 47 KM. Les postes établis dans le golfe de Finlande entre des îles distantes de 47 KM ( Kotka et Hohland) ont prouvé par le succès des transmissions réalisées en hiver (au commencement de 1900), que cette transmission sans fil pouvait être pratiquement adoptée entre ces îles jusqu’alors privées entre elles de tout moyen de communications télégraphiques. Pendant une durée de 84 jours, 440 télégrammes officiels ont été échangés entre ces postes, à des heures déterminées ; la plus longue dépêche a été de 108 mots : le service régulier était assuré par des télégraphistes du génie militaire russe. Les mâts employés pour recevoir les antennes « radiatrice et collectrice» 48 mètres de hauteur. Un de ces mâts est à 5 KM de la côte au milieu d’un bois, une portion d’île est interposée entre les postes. D’autres détails de cette double installation ne peuvent être décrits. »

Marconi ne se vend pas

......
Le 27 octobre 1900 :
« La compagnie Anglaise qui exploite les brevets Marconi n’a vraiment pas de chance, elle ne parvient pas à vendre ses appareils à l’étranger. En France, on se sert des postes Ducretet, étudiés par monsieur Tissot. En Amérique, le département de la marine étudie un type spécial d’appareils afin de ne pas passer sous les fourches caudines extra-onéreuses de la Wireless Telegraph. Voici qu’en Allemagne et en Autriche on expérimente le système Schaeffer… »

 

1901

Tissot et Ouessant
En 1901, grâce aux travaux de Camille Tissot, la liaison radio est permanente entre le phare du stiff et la prefecture maritime de Brest.
[La station radio maritime de l'île d'Ouessant] (a venir)

Tissot édifie la station de la pointe du Raz
Au tout début de l'année 1901 il édifie le poste de la Pointe du Raz qui possède un simple mât de 45 mètres de hauteur.
Source Lettre à Turpain du 19 10 1907 Archive Turpain - J Marzac


Poste de la pointe du Raz mis en place par Tissot
Archives Famille Tissot


• Tissot demande d'être associé au nom des appareils Ducretet
Tissot, continue d’affirmer sa fidélité à Ducretet, mais il lui demande clairement à ce que sa contribution à l’élaboration des récepteurs Ducretet soit inscrite sur les appareils.
A ce propos JCB Montagné écrit :
« Cette demande peut sembler légitime à Tissot attendu que des appareils portent la marque Popoff-Ducretet, que des téléphones pour la marine sont dénommés Gaillard-Ducretet. Il ne semble pas que Ducretet ait jamais donné satisfaction à Tissot. Pourtant, la mise au point des premiers appareils de TSF de Ducretet s’est clairement faite avec la coopération très active de Tissot qui terminera la mise au point « de terrain », faisant même parfois des modifications très profondes ».

• Tissot se détourne de Ducretet
C’est en partie ce manque de gratitude qui conduira Tissot à se détourner de Ducretet.
En
mars 1901 il écrit à Turpain : «J’ai complètement lâché Ducretet et fais maintenant construire par Rochefort».
[Dossier Tissot et ses collaborations dans le domaine de la TSF - Tissot Rochefort] (a venir)

• Travaux de Tissot Sur la mesure de la période des ondes utilisées dans la TSF
Compte rendu de l'académie des sciences 1901 P763
[Compte rendu intégral de L'académie des sciences]

• Travaux de Tissot
Sur l'étincelle de l'excitateur de Hertz
Compte rendu de l'académie des sciences Mars 1901 P929
[Compte rendu intégral de L'académie des sciences]

Tissot reçoit la moitié d’un prix extraordinaire de 6000 Francs, par l’académie des Sciences pour ses travaux sur la TSF par la marine de l'état.


• Travaux de Tissot sur les détecteurs magnétiques
Cette année là Tissot poursuit ses études sur les détecteurs magnétiques.
[Les détecteurs magnétiques]
(a venir)

Le
19 mars 1901 Tissot écrit à Turpain : « Je crois avoir mis au point la méthode Décombe, de manière à en tirer un parti très sérieux et j'ai des épreuves d'étincelles parfaitement mesurables et capables d'être reproduites en photographie. Elles laissent bien loin les épreuves indécises de Feddersen ».

• On télégraphie à 200KM de distance!

......
Journal Le précurseur d’Anvers 17 juillet 1901 :
« Les progrès de la science et de ses applications se poursuivent à une allure qui souvent déconcerte la pensée…Les expériences de télégraphie sans fil ne datent pas d’hier….La chose en elle-même est d’ailleurs assez simple. Supposez que vous puissiez régler selon une graduation convenue les petites étincelles qui jaillissent d’une bobine de Ruhmkorff. Supposez d’autre part que les décharges électriques ainsi produites et que les savants appellent des ondes parce qu’elles se propagent dans toutes les directions à la façon des cercles concentriques qu’une pierre lancée dans une eau tranquille y détermine, supposez dis-je, que ces décharges soient recueillies à distance et s’enregistrent dans un appareil récepteur, vous vous ferez une idée très exacte de la télégraphie sans fil. C’est ce principe qui a dirigé les travaux tant en France qu’à l’étranger, de messieurs Branly, Popoff, Ducretet et Tissot. C’est lui qui a reçu cette année même, grâce aux expériences de Monsieur Marconi, sa consécration définitive. Désormais, il est en effet établi qu’avec un générateur d’ondes d’une suffisante puissance on peut télégraphier jusqu’à 200 KM de distance…. »



Tissot et Férrié : les débuts
A partir de juillet 1901 un début de collaboration est établi entre Tissot et le général Férrié.

Lettre de Férrié à Turpain du 3 Juillet 1901 : « Je suis très heureux que l’envoi des renseignements sur les expériences Marconi vous aient été agréable. Non seulement je ne vois aucun inconvénient à ce que Tissot soit au courant de l’affaire, mais je lui ai envoyé également un exemplaire du rapport. J’ai eu sa visite ces jours derniers et nous avons causé pendant assez longtemps, et nous sommes tombés d’accord sur la nécessité de réunir les efforts et les ressources des divers services intéressés pour faire progresser la question. Je souhaite que l’on puise faire aboutir cette affaire. Je fais actuellement quelques expériences à terre et les résultats sans être aussi brillants qu’à la mer sont assez intéressants. Quand j’aurais des données bien nettes je vous les communiquerais. »
[Dossier Tissot et ses collaborations dans le domaine de la TSF - Tissot Férrié] (a venir)


• Tissot manque de moyens et se fait distancer par Marconi
Tissot est pénalisé par le manque de crédits que lui fournit la marine nationale, il fini par se faire distancer par Marconi :
1er Novembre 1901 lettre à Turpain : « Je viens de recevoir ton ouvrage sur les ondes électriques et je suis tellement touché des pages élogieuses que tu as consacré à mes biens modestes essais...les récentes expériences de Marconi, celles auxquelles tu as pu assister si tu es allé en Corse ainsi que tu en avais l'intention, ne laissent plus qu'un très médiocre intérêt à mes expériences de petite distance. Je te suis donc d'autant plus reconnaissant d'avoir rappelé mes travaux qui ne présentent plus désormais qu'un intérêt historique.
D'ailleurs, je suis forcé de me cantonner dans des expériences de laboratoire en quelque sorte car, avec les distances actuelles, je ne possède plus de postes situés assez loin et je devrais sans doute attendre longtemps avant que l’on trouve des crédits suffisants pour développer notre réseau du littoral. »

• L'idée d'une Thèse sur les ondes Hertziennes
Il vient l’idée à Tissot de rédiger une thèse. Le 1er décembre 1901 il écrit cette lettre à Turpain : « Je te considère à juste titre comme le savant le plus au courant des ondes hertziennes. J’ai peut être l’intention de me mettre à travailler une thèse en utilisant une partie des documents que j’ai déjà recueillis. Crois tu que ça ne soit pas trop ambitieux ? Dis moi sincèrement ce que tu en penses. Un encouragement de ta part me déciderait tout à fait ».

• Début des Travaux de Tissot sur l'arc de Poulsen
Il débute ses études concernant la stabilité de l’arc de Poulsen, et il décrit de manière très précise ses travaux dans une série de courriers écrits à Turpain.Il reprendra et prolongera alors les travaux de Poulsen, parvenant à concevoir des émetteurs capables de générer des ondes compatibles avec la transmission de la parole par TSF.
[Dossier Tissot et ses collaborations dans le domaine de la TSF - Tissot Turpain] (a venir)

1902

• AFAS : congrès de Montauban - Travaux de Tissot sur l'arc chantant et sur les dispositifs de transmission de TSF
Tissot présente des travaux sur l'arc chantant ainsi qu'une étude des dipositifs de TSF au congrès de L'AFAS.

Compte rendu du congrès de L'AFAS "M. Camille TISSOT, Lieut. de vais. Prof, à l'École navale à Brest, Délégué du Ministère de la Marine.

1 - Observations sur l'arc chantant

« Lorsqu'un courant alimente un arc chantant, il se produit un phénomène remarquable de résonance acoustique en tous points du circuit où existe un contact imparfait. On sait que l'on peut faire chanter un deuxième arc (ordinaire ou métallique) placé sur le même circuit.
Le phénomène en question est de même nature, mais se produit spontanément sans réglage. Le son, qui est l'exacte reproduction de celui de l'arc, devient particulièrement intense lorsque les contacts sont constitués par des pièces métalliques oxydées, reposant l'une sur l'autre avec une faible pression.
Bien que le son ne soit pas dû à un mouvement vibratoire d'ensemble des pièces métalliques — car on ne le fait pas disparaître en empêchant ces vibrations de se produire — on peut rapprocher le phénomène de ceux que l'on obtient dans diverses circonstances avec des contacts imparfaits ; par exemple, avec le dispositif connu sous le nom de « berceau de Trevelyan » ou avec le dispositif consistant à mettre un « berceau » dans un courant continu d'intensité suffisante. Dans ces conditions, la production de dilatations locales aux contacts donne l'explication du phénomène, et les sons proviennent de mouvements vibratoires d'ensemble du système....»

[Compte rendu intégral du Congrès de l'AFAS]

2 - Étude des dispositifs de transmission de télégraphie sans fil.

« Les dispositifs de transmission utilisés dans les divers systèmes de télégraphie sans fil se ramènent tous aux deux types suivants :
1° transmission directe avec antenne reliée au pôle de la bobine
2° transmission indirecte avec antenne reliée au secondaire d'un circuit de décharge auxiliaire (ce dispositif procède de celui de M. Blondlot).
Le second dispositif permet de faire varier à volonté la période des ondes émises. L'étude a été faite entre deux postes fixes distants de 30 kilomètres. La période des ondes émises était mesurée par le procédé du miroir tournant (le mode opératoire a été décrit dans les comptes rendus de l'Académie des Sciences ).... L'examen des épreuves photographiques des étincelles a mis en évidence certaines particularités intéressantes de la décharge oscillante, et confirme les résultats obtenus d'une manière toute différente par M. Swyngedauw (Les résultats obtenus ont été exposés dans les comptes rendus).
Les mesures de périodes montrent que l'oscillateur ne vibre pas comme s'il était indépendant mais que le système constitué par l'éclateur, l'antenne et la terre, fonctionne comme un grand excitateur et émet des ondes longues. Ces mesures se trouvent confirmées par les effets énormes de diffraction que l'on observe. L'emploi du procédé employé pour mesurer la période a permis de faire l'étude de l'amortissement.
L'expérience a montré que la qualité de la transmission était intimement liée à la valeur de l'amortissement. Le fait ressort particulièrement dans l'emploi de la transmission directe....»

[Compte rendu intégral du Congrès de l'AFAS]

1903

• AFAS : congrès d'Angers Travaux sur la mesure des ondes électriques et sur le cohéreur
Tissot devient membre de l'Association française pour l'avancement des Sciences.
[assoc. avancemt sciences]

Travaux de Tissot sur la durée du phénomène de cohérence
Travaux de Tissot sur des appareils détecteurs de mesures pour la réception des ondes électriques

[Compte rendu intégral du Congrès de l'AFAS]


Carte de Membre de L'AFAS ayant appartenue à Camille Tissot
Archives Famille Tissot

• Travaux de Tissot sur le Bolomètre
En 1903, Tissot a l’idée d’utiliser un bolomètre comme détecteur de précision pour étudier les énergies mises en jeu dans les antennes. Ce dispositif très précis réagit à l’augmentation de température provoquée par le passage d’une onde, et donc d’un courant électrique, dans ses branches, et permet donc de les mesurer avec grande précision.

Extrait de la notice biographique écrite par Tissot en 1917
« Il a été notamment le premier, par l’application du bolomètre à la TSF, c'est-à-dire d’un instrument capable de fournir des données quantitatives, à instituer des procédés de mesure permettant d’établir d’une manière nette le régime du courant dans l’antenne réceptrice attaquée à distance. Ce point a d’ailleurs été reconnu par certains auteurs étrangers renommés comme Flemming et Zenneck.
Fessenden aurait, à peu près à cette même époque décrit un détecteur constitué par un fil de platine très fin enfermé dans une ampoule vide. Au dire de l’antenne ce dit détecteur intercalé dans un circuit de réception, éprouvait sous l’effet de l’échauffement causé par le passage des trains d’onde, des variations de résistance suceptibles de se traduire par un bruit au téléphone. Un pareil dispositif ne saurait donner aucun résultat comme détecteur. En premier lieu, il n’y a aucune sensibilité. Ce qui fait l’intérêt du bolomètre et lui confère sa grande sensibilité, c’est l’artifice imaginé par Langley qui consiste à équilibrer deux branches identiques sur un pont, ce qui permet, par l’emploi d’un galvanomètre sensible, d’enregistrer des variations extrêmement faibles de résistance. Mais il est manifeste que toute sensibilité disparaît si l’on se borne à intercaler en série une seule branche bolométrique dans un circuit plus ou moins résistant et qu’on n’utilise pas l’effet différentiel du bolomètre. Un calcul très simple le montre d’ailleurs immédiatement. En deuxième lieu, comme le dispositif intègre parfaitement les effets qu’il reçoit, pendant toute la durée de l’émission d’une longue ou même de brèves rapprochées il conserve une résistance constante. Cela se traduit au bolomètre par une déviation permanent du galvanomètre. Au téléphone ce serait le silence. En fait en tentant à plusieurs reprises de répéter l’expérience indiquée, on n’obtient qu’un résultat négatif. Le dispositif décrit par Fessenden n’a donc jamais été employé comme détecteur et encore moins comme instrument de mesure.
Par rapport au fait que le commandant Tissot a été le premier à instituer des procédés de mesure. Duddel et Taylor ont également excécuté des mesures de courant dans des antennes réceptrices à l’aide de thermo-galvanomètre, mais leurs expériences qui sont beaucoup moins étendues que celles réalisées par Tissot, leur sont de toute façon postérieures. Le commandant Tissot a en particulier été le premier à vérifier que l’intensité efficace du courant reçu par l’antenne, varie en raison inverse de la distance.
»

Ces travaux, publiés dans sa thèse de 1905, établissent définitivement sa qualité de savant physicien.

La même année, l’Escadre de la méditerranée, qui accompagne le président de la république en visite officielle en Afrique du nord, reste en permanence en contact TSF avec la « Jeanne d’Arc » sur laquelle est embarqué le président.

• Travaux de Tissot Sur un appareil à effet magnétique propre à servir de détecteur d'ondes électriques
Communication à l'académie des sciences 9 février 1903 P361
[Compte rendu intégral de L'académie des sciences]


• Tissot écrit un article pour la revue générale des sciences sur "L'état actuel de la télégraphie sans fil"


Revue générale des sciences du 15 octobre 1903 - L'état actuel de la TSF par Camille Tissot
Archives famille Tissot
[Revue générale des sciences du 15 octobre 1903]


• Travaux de Tissot Sur la mesure des ondes électriques à distance au moyen du bolomètre
Communication à l'académie des sciences 23 novembre 1903

[Compte rendu intégral de L'académie des sciences]

1904

• Travaux de Tissot Sur la valeur de l'énergie mise en jeu dans une antenne réceptrice à différentes distances
Communication à l'académie des sciences P680 Scéance du 14 Mars 1904
[Compte rendu intégral de L'académie des sciences]

• Travaux de Tissot Sur le détecteur d'ondes à effet magnétique
Communication à la société française de physique Sur le détecteur d'ondes à effet magnétique Par M. C. TISSOT.
« Dans de récentes expériences de télégraphie sans fil à grande distance, exécutées sur le cuirassé italien Carlo Alberto, M. Marconi s’est servi avec succès d’un nouveau détecteur d’ondes qu’il a imaginé, et qui est basé sur un principe tout différent de celui sur lequel reposent les cohéreurs.
Le phénomène utilisé...ont trait à la désaimantation qui se produit dans les noyaux d’aciers dimantés à saturation sous l’action de courants de haute fréquence ou d’ondes électriques....Sur les conseils de M. Brillouin, nous avions reproduit un dispositif analogue qui permettait de déceler l’effet des ondes électriques à une distance de 4 kilomètres. L’objet de nos recherches n’était pas d’ailleurs de réaliser un appareil détecteur susceptible d’être substitué au cohéreur dans les applications à la télégraphie sans fil. Nous nous proposions de poursuivre l’étude du phénomène qui se passe dans l’antenne réceptrice...»

[Compte rendu intégral de la société française de physique]

• Travaux de Tissot Sur l'effet enregistré par le détecteur magnétique
Communication à la société française de physique sur l'effet enregistré par le détecteur magnétique Par M. C. TISSOT.
« A la suite d’une série d’expériences exécutées avec le dispositif de Rutherford et le détecteur magnétique à champ variable, nous avions été amené à conclure 1° Que c’est l’hystérésis ordinaire qui est affectée par l’action de l’onde.
2° Que l’appareil est sensible à l’intensité maxima.
L’emploi du bolomètre nous a permis d’établir nettement la seconde proposition en opérant sur des systèmes placés à distance (plusieurs kilomètres), par la comparaison des effets obtenus en faisant agir sur le détecteur magnétique des émissions de même période et d’amortissements différents. Il est possible de satisfaire à ces conditions d’une manière très simple en se servant à la transmission, d’une part du système direct, d’autre part d’un système indirect à circuit de décharge indépendantLe bolomètre permet de se placer dans les conditions de résonance, et par suite de réaliser aisément des systèmes directs ou indirects de période identique..

[Compte rendu intégral de la société française de physique]

• Installation de la station expérimentale de l'ile d'Ouessant

En 1904, l'administration des Postes et télégraphes, au vu des prouesses faites par l'équipe de Camille Tissot, décide d'installer sur l'île d'Ouessant une station expérimentale.
Cette station se contente d'assurer l'échange des télégrammes militaires entre lîle et l'état-major Brestois de la marine, et participe parfois aux exercices navals sur demande des autorités.
Devant le succés de ce dispositif et la plus value apportée, la station est officiellement ouverte le 10 octobre 1904. Elle reçoit l'indicatif FFU.


Semaphore du Stiff à Ouessant avec son installation TSF de l'époque
Au premier plan, le sémaphore du stiff avec son mât type "Dupillon" (3 ailes) et en arrière plan la station de TSF avec son antenne en bois
Archives Jean Luc Fournier

• AFAS : congrès de Grenoble
Tissot présente des travaux sur la période des antennes.
[Compte rendu intégral du Congrès de l'AFAS]

• Travaux de Tissot Sur la période des antennes de différentes formes
Communication à l'académie des sciences P628 Scéance du 24 octobre 1904
« Le procédé du miroir tournant ne permet pas d'obtenir avec précision la valeur de la période (en émission directe principalement) à cause de la période (en émission directe principalement) à cause de lagénéral qui consiste, en principe, à exciter un résonnateur fermé et à faire varier les constantes de ce résonnateur de manière à le mettre en résonance avec le système étudié. Le résonnateur se compose d'un cadre rectangulaire ou circulaire comprenant un seul tour de fil, et d'un condensateur à lame d'air de capacité variable. La self-induction du cadre s'obtient par le calcul (comme dans les expériences classiques de M. Blondlot). Quant à la capacité, on la mesure aisément en valeur absolue en la comparant avec une résistance étalonnée à l'aide du dispositif bien connu du commutateur tournant.S'il s'agit d'une mesure à la réception, on excite le résonnateur par l'antenne réceptrice et l'on intercale dans le circuit du résonnateur un bolomètrede faible résistance. On peut opérer ainsi à plusieurs kilomètres du poste d'émission. Pour faire des mesures de périodes à l'émission, il suffit d'exciter directement le résonnateur par l'antenne d'émission, en remplaçantle bolomètre, qui serait beaucoup trop sensible, par un ampèremètre thermique convenable...On peut aussi employer le bolomètre pour les mesures à l'émission en l'intercalant, non plus dans le circuit de résonance même, mais dans un circuit auxiliaire fermé très court, disposé dans le voisinage du circuit de résonance. Le résonnateur ne comprend alors qu'une self calculable et une capacité sans aucune connexion auxiliaire il est excité à faible distance par l'antenne...»
[Compte rendu intégral de L'académie des sciences]

1905

• AFAS : Congrès de Cherbourg Tissot nommé président de la section de physique démissionne!
Tissot est nommé président de la session de physique pour le congrès de Cherbourg comme en témoigne cette lettre à son ami Turpain :

10 Février 1905 lettre à Turpain : « Je me suis mis sérieusement à la rédaction de ma thèse qui avance d'une manière assez satisfaisante. Aussi je laisse les expériences de côté, et sans les supprimer radicalement je les restreint le plus possible...Je te rappelle que tu m'a offert spontanément ton concours dévoué au sujet de l'envoi de circulaires, convocations et adresses aux membres de la société de physique et savants français ou étrangers qu'il y a urge de convier au congrès prochain. Je viens en effet d'être informé officiellement par le secrétaire du conseil de l'AFAS que les membres de la section de physique m'avaient nommé Président...Ne penses tu pas que l’une des questions proposées pourrait avoir rapport aux ions et électrons ? J’ai bien envie de demander à Langevin de rédiger quelque chose à ce sujet. Quant à l’autre j’aurais bien envie de proposer une étude du magnétisme du fer … ».
Archives Turpain - J Marzac


Photo du Congrès de L'AFAS en 1906 à Lyon
Archives Famille Tissot

Tissot est finalement contraint d'abandonner son poste de président à cause de soucis familiaux. Le congrès semble s'être déroulé on ne peut plus mal si l'on en croit le témoignage suivant. Au vu du compte rendu de l'AFAS on note effectivement que la partie physique est très pauvre, seulement 7 conférences cette années là! La section de physique ne s'est effectivement pas constituée! Tissot devait en plus de présider y présenter des travaux sur les phénomènes magnétiques.

5 septembre 1905 Lettre à Turpain

« Mon cher ami, J’ai parfaitement reçu ta note des CR et tu peux croire qu’elle m’a tout particulièrement intéressée. Si je ne t’en ai pas accusé réception, je suis vraiment bien excusable. Figure toi qu’il m’est arrivé de très gros soucis pendant ces vacances. Tout d’abord ma femme qui était tombé malade juste à l’époque du congrès de Cherbourg, comme tu le sais, est restée souffrante depuis. Au bout d’une quinzaine de jour, croyant que le séjour à la campagne la remettrait je l’avais menée au Pouldu, au bord de la mer…D’autre part, j’étais rentré seul à Brest vers le commencement de septembre rappelé par mon service. Pendant que j’étais à Brest, ma fillette est tombée malade à son tour… elle a fait une fièvre typhoïde grave et se trouve seulement maintenant en convalescence. Je ne te dirais pas les transes par lesquelles j’ai passé et tout l’affolement que j’ai eu entre ma femme toujours souffrante et ma petite fille sérieusement malade. Tous ces évènements ont entravés mes travaux. Je n’ai pas besoin, mon cher ami, d’insister de nouveau sur les circonstances pénibles qui m’ont fait abandonner mon poste à Cherbourg. Je me réjouis maintenant beaucoup de ne pas y être allé, état donné la manière dont les choses ont tourné. Si je m’étais absenté il ne se serait sans doute rien produit de pire. Mais je conserverais un bien gros regret et l’idée que j’aurais pu changer quelque chose si j’avais été là.»
Archives Turpain - J Marzac

Lettre de André Broca à Turpain à propos de l’absence de Tissot au congrès de Cherbourg :
« …Ce sont de graves occupations qui m’ont empêché de vous répondre encore. L'absence de Tissot a en effet été fort nuisible au congrès de Cherbourg la section de physique ne s’étant pas constituée. Kowalski et Langevin étant les seuls présents, je n’ai d’ailleurs pas pu me joindre à eux, ayant à présider la section d’électricité médicale. Mais Tissot est excusable, sa femme ayant été fort malade.» Archives Turpain - J Marzac

• Travaux sur les détecteurs à contacts solides
A partir de 1905, à une époque ou les seuls détecteurs connus pour la détection des signaux radio sont de type électrolytique, Camille Tissot fait des études très approfondies sur les détecteurs à contacts solides et leur utilisation. Ses archives et ses cahiers d’expériences laissent penser qu’il est celui qui a poussé le plus loin les essais dans ce domaine en France, essayant toutes les combinaisons de cristaux.
[Les Detecteurs à contacts solides] (à venir ...)


Détecteurs à contacts solides de monsieur le Lieutenant de Vaisseau Tissot
Archives institut de France Cahier d'expérience 2635

• Thèse sur "l'étude de la résonnance des systèmes d'antenne" et différents travaux de Tissot s'y rapportant
Le 16 décembre 1905, suite à la présentation d'une thèse sur "l'etude de la résonnance des systèmes d'antenne" [These], Camille Tissot est admis au grade de Docteur es-Sciences Physiques avec la mention "trés honorable". Cette thèse fera référence dans le monde de la TSF
[Docteur SP]

Extrait de la notice biographique écrite par Tissot en 1917 :

« Le commandant tissot a été également l’un des premiers à montrer la fécondité de la méthode de Bjerknes, à mettre en lumière les applications de la courbe de résonance dans le domaine de la TSF, et à instituer des procédés de mesures précis pour la détermination des périodes et des amortissements des antennes. Des méthodes qu’il préconisait dans son mémoire de 1905 sur la résonnance des systèmes d’antennes, qui sont celle encore utilisées en 1917 dans la technique. Les travaux de Bjerknes n’étaient au moment de la parution du mémoire de Tissot connus en France que par quelques citations fort générales de H Poincaré. Aucune application de la courbe de résonnance à la TSF n’avait jamais été faite tant en France qu’à l’étranger antérieurement aux expériences de Tissot sur les antennes. Cela est absolument certain en ce qui concerne la détermination directe de courbes de résonnance d’antennes à distance. Le commandant Tissot a été pendant le temps longtemps le seul a pouvoir opérer cette détermination grâce au bolomètre qui a précédé de deux ans au moins le thermogalvanomètre qui aurait permis d’opérer les même déterminations. Il convient d’ailleurs de faire observer que Duddel et Taylor n’ont fait aucune détermination de ce genre.

Tissot n’a nullement imaginé le principe des méthodes de mesure des périodes et des amortissements des antennes. C’est bien a Blondhot qu’il faut attribuer le procédé de mesure des périodes par résonateur fermé et à Bjerknes le procédé de mesure des amortissements par la courbe de résonnance. Mais le commandant Tissot a lui déterminé les conditions qui permettent d’opérer les mesures avec précision en TSF. En ce qui concerne la mesure des périodes des antennes, son rôle s’est borné à appliquer méthodiquement le procédé du résonateur fermé, mais il est juste de reconnaître que Tissot a préconisé ce procédé qui devait triompher de tous les autres, à une époque ou soit en France, soit à l’étranger on utilisait uniquement des procédés basés sur les propriétés des résonateurs ouverts. Ainsi : procédé de l’antenne auxiliaire sur laquelle on recherche des concamérations (Férrié) ; bâton à effluves (Slaby) ; Cyomètre (Flemming) …etc

Tissot a donc été un des premiers créateurs de l’ondomètre pratique tel qu’il est employé en 1917. Il a été également un des premiers à insister sur l’emploi des condensateurs à air dans un pareil Montage, et sur la nécessité d’un couplage très lâche avec le circuit de mesure, condition qu’il était aisé de réaliser en se servant du bolomètre comme instrument indicateur.

Les données qu’il a recueillies lui ont permis d’établir cette époque (1905) sur les périodes et les amortissements des antennes de différentes formes, une série de relations expérimentales qui se sont trouvées en parfait accord avec celles que l’on a pu déduire ultérieurement de la théorie. A ce propos Tissot a signalé dans sa thèse l’accord remarquable des valeurs obtenues pour les périodes et les amortissements des antennes de différentes longueurs et de différents diamètres avec celles que l’on calcule en partant des théories de Max Abraham et de Brouillouin. D’autre part, Henri Poincaré dans ses conférences à l’école supérieure des télégraphes a fourni la justification théorique de relations que Tissot avait signalé antérieurement (notamment sur les antennes multiples) et a cité à plusieurs reprises ces différentes déterminations faites par Tissot comme apportant un contrôle à la théorie.

Quant aux données recueillies elles-mêmes, les travaux ultérieurs exécutés, tant en France qu’à l’étranger, n’ont fait qu’en confirmer l’exactitude. Pour n’en citer qu’un exemple, c’est en partant de ces données que l’on obtient encore en 1917 la valeur la plus correcte du facteur numérique qui entre dans la formule de propagation. Parmi les résultats obtenus par le commandant Tissot, il convient de signaler, d’une part la relation importante entre la valeur de l’amortissement et la qualité de la prise de terre, que nul n’avait mis en lumière. A l’époque où cette relation a été établie par Tissot, on savait peut être d’une manière empirique qu’on améliorait les communications en accroissant les dimensions de la prise de terre et en la plaçant dans un terrain humide, mais les raisons en demeuraient confuses. On ne possédait d’ailleurs aucun critérium pour juger à priori de la qualité de la « terre » d’un poste. Les expériences faites par Tissot fournissent un critérium d’une grande simplicité. D’autre part, l’introduction de la notion de résistance de rayonnement de l’antenne. Il a été le premier a effectuer à l’aide du bolomètre des déterminations directes de cette résistance de rayonnement des antennes, soit à bord des bâtiments, soit dans les postes à terre, et à apporter ainsi de nouveaux contrôles à la théorie. Tissot avait observé que les bolomètres confectionnés avec des fils fins de même provenance mais de résistances différentes ne présentaient pas la même sensibilité quand on les intercalait dans la même antenne. De là l’idée de rechercher, en intercalant des résistances non inductives croissantes dans l’antenne réceptrice s’il n’existerait pas une valeur optimum pour la résistance d’un détecteur en série avec l’antenne. On trouve en effet qu’une pareille résistance existe et présente en général des valeurs différentes pour les différentes antennes. Tandis que Tissot établissait ce point ( les expériences se trouvent exposées dans la thèse de Tissot),Duddel et Taylor relataient une expérience analogue et établissaient de leur côté que le courant dans l’antenne réceptrice pouvait être représenté par une expression de la forme Ieff=a/b+p. Où a et b sont deux constantes et p la résistance variable intercalée dans l’antenne. Mais ils se bornaient à cette constatation empirique sans en fournir aucune interprétation.
Tissot, quant à lui fournissait au contraire l’interprétation complète de l’expérience, en montrant que la constante b, dans le cas d’une terre parfaite, n’est autre que la résistance de rayonnement (appelée par Tissot résistance d’émission) de l’antenne et comprend dans un cas quelconque, en outre, la résistance de la terre.
Tissot a aussi montré dans les comptes rendus la relation étroite qui existe entre la résistance de rayonnement et l’amortissement. Il donnait aussi de nombreuse vérifications expérimentales de la théorie en opérant sur des antennes disposées à terre et à bord. Enfin, il est important de mettre en lumière une relation intéressante, concernant le détecteur qui, intercalé dans une antenne, utilise le mieux l’énergie reçue et est celui dont la résistance est égale à la résistance de rayonnement de l’antenne. Cette relation a été ultérieurement établie théoriquement et d’une manière générale par Rüdenberg (Ann. Der Physik) qui en attribue d’ailleurs à tissot la priorité.
».

A la conférence internationale de Berlin, les représentants Français, incapables de répondre aux nombreuses questions sur cette thèse, finiront par demander qu’on en télégraphie un exemplaire avec la « manière de s’en servir » …
Ce mémoire sur la résonance des systèmes d'antenne, ou il a résumé une partie de ses travaux, montre toute la fécondité de la méthode de Bjerknes, en mettant en lumière ses applications à la TSF, et en instituant des procédés pratiques pour la mesure des périodes et des amortissements, procédés qui seront employés ensuite de manière courante.


Archives Famille Tissot

 

LA SUITE A VENIR TRES BIENTOT ...


© Jean Luc Fournier - www.radiomaritime.com et www.camille-tissot.fr
2006 / 2009
Ce site vous est proposé par Christelle Sochal-Tissot et jean Luc Fournier pour la mémoire de Camille Tissot
.

Toute utilisation des photos de ce site à des fins commerciales ou sur les sites d'enchères est interdite.
Merci de me signaler toute autre utilisation, et de citer la page correspondante.
Malgré mon attention, si une photo présente sur ce site vous pose un problème de droits, merci de me le signaler également.

.

« Page 4 --------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Page 5 suite »

.